Le commerce des fruits

Rassurez-vous, je ne me suis pas lancé dans l’exportation de bananes ou autres denrées exotiques. Bien entendu, en Guinée, le commerce des fruits est florissant. Mangues, ananas, papayes, citrons, oranges, caramboles, acajou (parce que oui, autour de la noix, il y a un fruit très juteux), jacque (fabuleux) et dizaines de variété de bananes occupent un place prépondérante au marché local. Parce que vous n’imaginerez pas que le petit paysan qui a quelques plants de bananiers ou le petit gars qui grimpe ramasser les mangues chez le voisin rencontrent les critères et requis de l’exportation. Tous ces fruits juteux et savoureux (encore plus juteux et plus savoureux que chez nous, par la fraîcheur inégalable), sont donc aussi grandement consommé localement.

Mais bref, ce n’est pas de ça que je veux parler ici (je sais, je sais, écrire un paragraphe d’introduction sur un sujet pour ensuite dire que ce n’est pas le sujet du texte serait probablement fortement déconseillé par tout professeur de rédaction, mais bon, si vous n’aimez pas ça, vous avez probablement décroché bien avant de toute façon). Le commerce frugifère dont je parle ici est lié à un aspect sympathique de l’hospitalité guinéenne. Vous avez probablement déjà apporté une bonne bouteille de vin à un hôte. Ici, on amène un bon fruit. C’est bon, plein de vitamine, et ça évite de devenir alcoolo si on aime bien inviter les gens chez soi. Parce qu’ici, on ne va pas souper chez les gens seulement le samedi soir, mais à peu près n’importe quand, et pas nécessairement à l’heure du souper (même si on finit toujours par vous faire de la bouffe quelle que soit l’heure)

Bon, ça a l’air simple comme ça, mais le système est plus complexe en fait, et même après 6 mois je n’ai pas tout pigé. Parce que quand quelqu’un vient vous visiter, vous lui offrez aussi des fruits à rapporter chez lui (à partager avec sa famille, la famille étant un aspect très important). Jusque-là, c’est logique, mais pour ne pas que ça ait l’air d’un échange de fruit et donner l’impression que vous allez refiler votre fruit à la visite chez le voisin au repas du soir, il y a souvent un délai. Du genre, comme un mec m’a donné des fruits en partant quand je suis allé lui rendre visite, je vais apporter des fruits la prochaine fois qu’il me rend visite, et comme je lui aurai apporté des fruits, la prochaine fois qu’il me rend visite où que je lui rend visite, il me donnera des fruits. Sauf si je le visite chez ses parents, alors c’est toujours moi qui donne des fruits (mais rassurez-vous, la mama va me mitonner un petit plat succulent). Mais s’il y a des enfants sur place, alors on va toujours les envoyer acheter un fruit pour offrir à l’invité. À moins que ce ne soit la première fois que vous visitiez, ou la dernière fois avoir de quitter la région, sauf si vous revenez d’un voyage. Bref,c’est hyper sympathique, et  j’ai arrêté d’essayer de comprendre le système, et j’ai toujours un ananas sur moi. 3 juin 2014, à suivre

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Les tâches connexes

Agneau naissantQuand je me cherche un emploi chez moi, il y a presque toujours, dans la définition de tâches de l’emploi, l’expression « et tâches connexes ». Faire de l’ingénierie en Guinée inclue aussi des tâches connexes, notamment d’aider une brebis à mettre bas un agneau en plein champs de bananier. Remarquez, c’est sympathique de voir le petit dans sa première journée. Au départ, il peine à se tenir sur ses pattes (il a l’air de penser, mais comment ça marche ces trucs, pourquoi il y a en autant) et il faut l’aider à téter (parce que tout seul, il ne fait que renifler le ventre de la mère au hasard et statistiquement sans grand succès). Mais déjà le 2e jour, il gambade sans arrêt, sautant dans toutes les directions autour de sa mère (un peu comme pour dire, woohoo, j’ai des pattes, j’ai des pattes, yippe). Comme quoi, en Guinée, on apprend très vite sur le tas (même si parfois on va un peu dans toutes les directions).

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Faire du bénévolat

Il y a trois types de chose constructive à faire dans la vie. Étudier, où vous payez pour apprendre. Travailler, où vous êtes payé pour vos efforts. Et faire du bénévolat, où vous ne payez rien et vous apprenez, et vous n’êtes pas payé mais vous fournissez des efforts. Et surtout, vous avez du fun.

C’est pour dire que le bénévolat, j’aime bien, parce que vous apprenez pleins de choses gratuitement, et que faire de effort, eh bien, c’est bon pour la forme. Et en Guinée, il aiment bien le bénévolat aussi. Bon, comme toute choses, ce n’est pas tout à fait le même type. Par exemple, comme l’état a peu d’argent, il ne peut pas payer suffisamment de policiers. Donc, il y a un système où des villageois font bénévolement (on leur fournit l’uniforme et c’est tout, pas d’armes rassurez-vous), l’application des lois civiles et code de la route. Jusque là, c’est assez semblable à chez nous, le bénévolat. Je vais me permettre une petite parenthèse pour voir la nuance.

Il y a trois ans en Guinée, c’était un régime militaire qui dirigeait le pays. Officiellement, c’était le résultat d’un coup d’état pour enlever un dictateur (Sekou Touré de son petit nom) qui sévissait depuis l’indépendance des années 50 et durant 25-30 ans. Sauf que le général qui a fait le coup d’état est resté au pouvoir 25-30 ensuite. Bref, jusqu’à il y a deux ans, les militaires, du simple caporal aux grands généraux, avaient un très grand pouvoir dans la société guinéenne. Ce qui, souvent, a dérapé vers faire du taxage à tous ceux qui on l’air d’avoir de l’argent. Mais bon, n’allez pas penser que les militaires étaient des méchants (bon peut-être quelques-uns d’accord, mais ce n’est pas le point), bien au contraire, les militaires étaient de petits paysans catapultés sergents ou autres prestigieux grades, mais le prestige était tout ce qu’il avait, avec moins du quart du salaire qu’aurait normalement un simple soldat. Et quand on voit ses enfants avoir mal au ventre, même une bonne personnes se sentira à l’aise de soutirer quelques pièces à un homme se promenant doucement en voiture bien lavée.

Heureusement, c’est très différent maintenant, il y a un président élu et même si des relents de corruption demeurent, la situation c’est grandement améliorée. Je dis que des traces restent, parce qu’on n’oublie pas les vieilles habitudes, incluant celles des autres dont on était soi-même victime. Donc, quand vous donnez un uniforme à un “bénévole”, il faudra que je modifie ma définition dans le premier paragraphe, car, s’il n’a pas de salaire, il s’arrange tout de même pour être payé, par tous le monde qui commet des infractions (et les gens qui ont l’air riches sont plus souvent propices à être en constat d’infraction). Mais bon, comme je le disais, c’est beaucoup mieux qu’avant, comme les policiers n’ont plus le droit de taxer (c’est-à-dire obliger les gens à leur donner de l’argent), et c’est bien surveillé, ils demandent poliment de leur “donner un peu” , et si vous êtes patient (parce sans pouvoir vous forcer, ils peuvent tout de même vous faire attendre un bout de temps), ils vous laisseront partir sans problème, comprenant qu’il ne pourront rien vous soutirer. Et puis c’est fun, ça vous permet de discuter, de rencontrer des gens. Bon, vous me trouvez peut-être trop positif à dire que la situation est bien meilleure, que je trouve que le “bénévolat” est une nette amélioration. C’est à vous de voir, c’était peut-être mieux avant, on ne vous faisait pas attendre, et on demandant tout aussi poliment que vous donniez “un peu”. Simplement avec une arme à l’épaule.  Have fun.

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La Guinée, c’est ma tasse de thé

D’accord, l’expression grammaticalement correcte est la forme négative, mais en général, je suis positif, alors j’adapte. Donc la Guinée, j’aime bien. Et un truc que j’aime bien en Guinée (et là ça raccorde avec l’expression), c’est prendre une tasse de thé. Déjà, le thé y est succulent, mais surtout, prendre le thé avec des Guinéens est fort agréable.

Parce que prendre le thé, c’est avant tout démontrer publiquement que l’on accepte de prendre de son temps dans une journée chargée pour partager le compagnie d’une personne à qui on accorde de l’importance. Et aussi c’est l’occasion de discuter, parce qu’en croisant quelqu’un dans la rue, il faut être patient pour atteindre un sujet de conversation précis. C’est  que la salutation ici est un processus complexe, sans être rigide, mais dune telle variété qu’on n’en finit pas avant 2 minutes de dialogue qui enchaîne les répliques (en soussou, traduction libre): Bonjour; Bonjour; Ça va?; Ça va un peu (parce que pour le Guinéen, ça va toujours “un peu” en toute circonstance, jamais impeccable, mais jamais mal, en restant positif), Comment a été la nuit? ; Une bonne nuit, et vous? ; Oui oui; Et la journée? Pas de problème aujourd’hui, et vous? Oui oui ; Et le boulot? Du bon boulot, et vous? Oui oui, du bon boulot. Comment ça va là-bas? (sous-entendu, comment ça se passe à la maison, dans vos affaires); Ça va là-bas; Allez,  bonne journée, bon travail; Bonne journée. Et ça, dans n’importe quel ordre et même en répétant la même question 2 ou 3 répliques plus tard.

Bref, prendre le thé permet d’aller un peu plus loin dans la conversation, et discuter de la vie, de la politique, d’en apprendre plus sur les gens qu’on rencontre et d’où ils viennent. Et il faut effectivement de la patience, parce que la préparation du thé est très laborieuse (bien que tout Guinéen le fait avec une aisance désemparante). Sans être de la complexité de la cérémonie du thé au japon, le thé est transvidé plus d’une douzaine de fois (et à chaque fois le thé est versé d’une hauteur de près de 50cm dans un contenant à peine plus gros que ceux dans lesquels on sert l’alcool fort en portion de 2 oz/50mL) avant d’atterrir dans votre tasse, puis, comme pour rire, votre tasse est revidée dans la théière sur le feu (histoire de garder le thé et la tasse bien chaude). Et le processus recommence, au point de vous donner l’impression 3 ou 4 fois que c’est prêt et que vous pouvez prendre votre tasse, jusqu’à ce que vous soyez résolu à attendre sans broncher, et c’est à ce moment justement que c’est prêt et qu’on vous invite à le prendre. Comme si, à un certain niveau, cette coutume voulait vous amener au point de réalisation qu’il ne faut pas se presser quand on est entre amis. Have fun. 8 mai, à suivre.

 

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De l’eau dans le désert

Il fait chaud, on marche sous le soleil depuis 2h, alors j’offre à mes compagnons un peu d’eau (étant le seul qui avait prévu d’en apporter), et à ma surprise, je me fais répondre, non, elle n’est pas froide (ce qui est cohérent avec le fait d’avoir marché 2h au soleil). Le voyageur insouciant pensera peut-être “Mais qu’ils sont capricieux, je leur offre ce que j’ai alors qu’ils n’ont rien et il n’en veulent pas.” Mais il aurait mal interprété la situation. La raison derrière ce refus est bien plus sensé : malgré la misère et les manques, on refuse de se contenter de cette misère, parce que malgré toutes les difficultés de la vie, les Guinéens gardent toujours en tête qu’ils méritent de vivre comme des êtres humains et non pas comme des misérables, et que c’est pour cela qu’ils travaillent des heures à la cuisine pour faire un délice avec presque rien, et que c’est pour cela qu’il vont dépenser leur seul dollar pour de l’eau froide, parce que c’est le minimum pour demeurer un être humain civilisé. Ce n’est pas par caprice, mais c’est par la vraie fierté de soi. Have fun. 3 mai 2014

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Les bestioles

Rassurez-vous, je n’ai pas l’intention ici de vous montrer des photos de créatures terrifiantes aux dents acérées et venimeuses. Petit point de retour à la réalité : en Afrique, il n’y a pas plus de bêtes sauvages que chez nous l’été. D’accord, vous en trouverez si vous allez aux fonds des forêts ou de la jungle, ou encore si vous parcourez des centaines de kilomètres dans la savane pour essayer de trouver un lion (pas en Guinée, les lions c’est ailleurs en Afrique). Mais, je ne sais pas si vous êtes déjà tombé face à face avec un Grizzly au Canada, mais une bête de 3m de haut, 600kg de muscles et des griffes de 7 cm, selon moi, n’a rien à envier à un lion. Mais ça ne veut pas dire que en verrez un dans votre salon. Pareil pour le lion, alors restons calme.

Bref, pour ceux qui ne sont pas debout sur une chaise rien qu’en lisant le titre, je veux plutôt parler ici des petites et sympathiques bestioles (alors ceux qui en en dédain, vous pouvez attendre le prochain texte). Insectes, à pied, en vol, en sautillant et arachnides (bon c’est un nom avec une sonorité un peu violente, mais ça veut simplement dire qu’ils ont 8 pattes, ou plus, alors que la famille des insectes en ont toujours 6, excluant les ailes), les insectes sont vraiment amusants ici. Bien sûr, il y a en quantité en Guinée, mais c’est le cas de tous les pays chauds (ceux qui rage contre l’hiver, sachez que ça vous évite toutes ces bestioles qui ne supportent pas le froid), mais aucune (ou presque) n’est dangereuse. Seulement sympathiques et amusantes (vous verrez).

Pour commencer, vous avez les bestioles standards, comme les abeilles, avec lesquels on produit un miel local délicieux. Bon, certains disent que les abeilles ici sont plus agressives. Peut-être, mais quand le mec se pointe seulement lorsqu’il s’agit de « voler » le miel, alors que chez nous, les apiculteurs vont régulièrement près des ruches pour que les abeilles s’habituent à la présence humaine et ne soient pas stressées lorsqu’un « monstre » de 1m60 sur deux pattes vienne mettre ses doigts dans la ruche. Ensuite, dans le même style vestimentaire, vous avez les guêpes. Ça il y en a partout,  incluant à l’intérieur de la maison (retirez une ampoule pendant une journée et il y aura un petit nid de guêpe dans la douille le soir venu, c’est très prisé comme lieu d’hébergement), de toutes les tailles et surtout des grosses. Mais ce que je trouve amusant, c’est qu’elles ne piquent pas (bon, certaines oui, mais jamais celles qui sont près des maisons). Alors vous avez des guêpes partout, comme des mouches autour d’un barbecue, mais dans qu’elles ne viennent mettre leur pied dans vos plats, les guêpes guinéennes font preuve de plus civisme, c’est un peu la haute société des insectes.

Comme insecte volant, il y a beaucoup de coléoptères (vous savez ces bestioles à la carapace dure). Les coccinelles sont de la même famille, alors c’est gentil. Bon, les coléoptères ici font 4 centimètres de long, alors ce n’est pas le même effet, mais ils sont tout aussi inoffensifs que les coccinelles. Et à cette taille et avec une carapace en blindage, vous comprendrez que volez est difficile. Donc si vous entendez un bruit qui ressemble à un essaim de 5000 guêpes, c’est probablement un coléoptère qui vole doucement. Mais les coléoptères ici sont un peu cons (c’est le gros mec un peu simplet, mais doux et gentil, du monde des insectes). Il est courant d’entendre un bruit sourd le soir à l’extérieur, c’est un coléoptère qui vient de rentrer dans un mur de brique, et en essayant de reprendre son vol, souvent il rate et retombe en faisant encore un grand bruit. Au début je trouvais ça bizarre de voir souvent le matin un coléoptère mort. Avec cette carapace indestructible, qui pourrait bien en être le prédateur. Comme on s’imaginerait un professeur d’arts martiaux japonais : ton pire ennemi est en toi-même.

Sinon, pour les arachnides, il y a bien sûr le représentant le plus connu, l’araignée. Et comme les proies (insectes) sont plus grosses, les araignées sont plus grosses en Guinée (ou les petites qu’ils y a vivent par centaines dans des terriers, un peu comme les fourmis). C’est sûr, ça peut surprendre au départ quand on vous fait visiter une petite fabrique locale et qu’il y a des araignées de 10 centimètres sur les murs. Mais quand un autre canadien, me voyant en approcher une de la main, me prévient craintivement que je ne devrais pas puisque je ne sais pas si elle est dangereuse, je me suis permis de faire remarquer que si en 10 ans aucun travailleur n’a même eu un petit vertige en s’étant fait piquer, alors que ces araignées grouillent de partout, sans être statisticien, je crois que ça va aller. Et puis, les araignées mangent les moustiques, ce qui est agréable, d’autant que les moustiques ici (une sorte spécifique, mais répandue), peut vous donner la malaria (qui fait vingt mille fois plus de mort que les araignées), je préfère encore côtoyer des araignées.

Pour finir, parce que même s’il y a beaucoup d’autres bestioles, mon texte est déjà trop long, je termine avec ma préférée. Dans la famille des arachnides toujours, ce n’est pas une araignée, mais une amusante petite bestiole sur pattes (~5cm), nocturne qu’on peut donc voir chaque soir la tombée de la nuit. On pourrait la qualifier de femme de ménage, car elle nettoie votre chambre de tous les insectes et autres bestioles toute la nuit durant. Son comportement est vraiment hilarant : elle est toujours en train de courir de tous les côtés, elle n’a pas l’air d’avoir d’objectif, sinon que celui de courir, tel un jeune chiot surexcité (ou un militaire à qui on aurait demandé de faire 250 tours de la pièce). On la voie souvent longeant les murs, essayant de temps en temps de grimper mais sans jamais y arriver (ou alors sur 20cm et retomber ensuite et repartir aussitôt à la course). Et elle va hyper vite, au point que vous ne saurez jamais à quoi elle ressemble (à moins de tomber dessus en faisant le ménage de jour, où elle ne bouge pas). Bon, je dois avouer que ma bestiole préférée, c’est quand même elle qui m’a donné un petit sursaut quand la première semaine, couché dans mon lit à écrire un courriel, elle est passée à toute vitesse devant mon écran, à la manière d’un mec arrivant en retard au cinéma et voulant rejoindre sa place au plus vite, passant devant le projecteur. 30 avril, à suivre.

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Visiter la Guinée

Toutes mes excuses à vous chers amis, collègues et sympathiques personnes lisant ici mes petits textes. Cela fait près d’un mois que je n’ai pas ajouté de nouvelles descriptions de ma perception sur le morceau d’Afrique que je côtoie en ce moment. Il est probablement inopportun d’en donner les raisons, puisqu’il s’agit en quelque sorte de se trouver des excuses. Mais comme j’aime bien faire un peu n’importe quoi, je vous en donnerai les raisons, mais justement sous forme d’un nouveau texte (je fais n’importe quoi, mais jamais totalement dénué de sens). Et puis, au fond, j’écris toujours trop long, alors appréciez simplement le petit moment de pause.

Parce que la principale raison est que des gens de chez moi (encore que “chez moi” est relativement fluctuant ces dernières années) sont venus me visiter en Guinée. Bon, il y a d’autres raisons banales comme le fait de manquer d’électricité une semaine, que “l’électricien” qui nous a prêté une génératrice a branché les fils à l’envers et a fait sauter mon chargeur d’ordinateur (et 5-6 autres appareils), que le mec qui m’a vendu un nouveau chargeur (dans la capitale, à 5h de route) a une excellente politique d’échange en cas de disfonctionnement (il a l’habitude). Mais, laissons ces points de détails et parlons de la raison la plus sympathique : les Visiteurs.

Deux bonnes gens, un homme et une femme, dans la fleur de l’âge de la retraite ont décidé de venir mettre les pieds pour la première fois en Afrique. Mettant de côté les auberges champêtres et les hôtels, ils ont pris une sage décision (bon, sage, je ne sais pas, mais très sympathique en tout cas) : visiter la Guinée. Et n’allez pas croire que je les avais manipulés en ne leur montrant que le positif. Je suis certes quelqu’un de généralement positif (et pour manipulateur, je vous en laisse juge), mais je reste honnête. Lorsqu’ils m’ont suggéré ça, je leur ai au contraire présenté le projet comme une aventure ardue, une expérience très enrichissante certes, mais très dure. La nourriture différente, les matelas (enfin, c’est comme ça qu’ils appellent ça ici), la digestion parfois accélérée, l’absence d’attraits touristiques, la chaleur torride (encore que, vu la température de l’hiver au Canada cette année, peut-être que ça a joué dans le positif), les routes cahoteuses, les beaux paysages à voir en route, les points d’ombre rafraîchissants, les charmants coins où se promener, l’accès à de l’eau pure, la chambre privée, les saveurs exquises de la cuisine et différentes chaque fois.

Parce que c’est un peu ça visiter la Guinée, vous devez arriver en vous attendant au pire, et repartir en vous souvenant du meilleur. D’accord, ce n’est pas top confort, mais vous réalisez vite que c’est sans importance. Oui, les lieux à voir ne sont pas entretenus, mais quand vous visitez une chute d’eau de 100m au milieu de nulle part, ça ajoute à la sérénité du lieu (et l’accès au parc coûte 50 cents lorsqu’on n’a pas de frais d’entretien). Certainement, ce ne sont pas tous les plats qui seront dans vos goûts, mais c’est comme cela qu’on découvre de nouvelles saveurs. Et quand des gens vous parlent de venir visiter la Guinée, gardez-vous de leur informer d’une chose, parce que les mots ne pourront pas en faire une juste description. Les Guinéens sont absolument fabuleux, accueillants souriants, sympathiques, serviables et attentionnés, généreux du peu qu’ils ont, et généreux de tout la richesse culturelle qu’ils possèdent. Have fun. 27 avril, à suivre (dans moins d’un mois, rassurez-vous).

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Le rangement

Bon, à la base, je ne suis pas un as du rangement. Il suffit de demander l’état de ma chambre à mes anciens colocataires ou l’arrangement de mon bureau à d’anciens collègues. Cependant, ici en Guinée, je suis le champion intergalactique™ du rangement. Pas tant que les Guinéens ne veulent pas ranger, bien au contraire, les choses sont très bien rangées, bien en tas dans le coin de la pièce. Mais surtout, quand on ne possède rien, ce n’est compliqué d’avoir une maison en ordre.

Là où ça se complique, c’est quand on veut organiser une coopérative ou une petite entreprise, ça peut poser problème. Parce que quand on possède 4 items chez soi, si on les mets seulement en tas, ça se gère. Mais quand on a du matériel, des outils, des pièces de rechange, c’est un peu plus compliqué. Encore que, ce dernier n’est pas naturel ici, pourquoi avoir des pièces de rechange alors que l’appareil n’est pas encore cassé. Le fait que ça prenne 5h pour se rendre en ville en voiture (à ~125km, 5h pour l’allé seulement), ou bien que certaines pièces doivent être commandées d’Europe ou d’autres pays voisins (parce que les vendeurs guinéens, ils ne tiennent pas ça des pièces de rechange, ça ne sert à rien semble-t-il; si ça ne se répare pas avec soit de la broche, soit un marteau, c’est le temps de racheter un neuf), ça ne semble pas être une raison suffisante. Remarquez, j’adore le principe d’être relax, et de simplement prendre le temps de faire 10h de voyagement pour chaque petite pièce à remplacer. Simplement que dans le cadre d’une petit coopérative, ce n’est pas top efficace/rentable.

Bref, le rangement, ça peut devenir utile, pour ne pas abîmer vos pièces et vos outils (je suis perplexe chaque fois que j’achète des trucs « neufs », c’est-à-dire qui n’ont jamais servi, mais qui traînent tellement n’importe comment, en tas  ou pêle-mêle dans un sac de toile dans un coin de l’arrière-boutique qu’ils ont l’air d’avoir traversé une zone de guerre (ce qui dans l’absolu reste probable en Afrique, mais qui n’est pas vraiment le cas pour le joint de plastique nécessaire à nos tuyaux d’irrigation). Et en plus, que rien ne soit rangé, ça veut aussi dire que c’est impossible de faire un certain contrôle des items que vous possédez. Et faites bien attention lorsque vous donner un outil à un ouvrier, donner, ça peut être pris dans le sens large (incluant, « je peux en faire ce que je veux, notamment le revendre au marché quand j’ai fini avec). J’aimais bien qu’en créole, lorsque j’étais en Haïti, qu’il y avait bay (donner) et fè m kado (donner, mais allez-y phonétique pour le sens, « fait moi cadeau »). Cette nuance ne semblait pas nécessaire au mec qui a inventé le soussou.

Par contre, il faut rester conscient qu’un des freins au rangement en Guinée est que ça prend un minimum d’installations pour que le concept de rangement dépasse le niveau du tas par terre. Que ce soit des étagères, des bacs, des classeurs ou autre élément de rangement. Et bon, quand l’étagère coûte autant que ce qu’on veut y ranger, ce n’est pas très aguichant. Mais si on regarde les choses différemment, cela veut aussi dire que ce qu’on y range vaut autant que l’étagère, et comme celle-ci servira des années, elle permettra de sauver dix fois sa valeur simplement en empêchant d’endommager du matériel (ou qu’il ne devienne « perdu »). Alors lorsque les outils qu’on veut y ranger sous clé valent 15 fois la valeur de l’étagère, je vous laisse conclure de l’intérêt de ce genre de fantaisies organisationnelles.

Alors donc, traditionnellement, il y a une quantité phénoménale d’équipements et de matériel qui est détruit. Et vous avez un beau tas de matériel cassé qui est bien rangé. Mais ça, ça n’arrive sûrement que là où je suis. 2 avril 2014, à suivre. Have fun

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La chèvre et le chou

Pourquoi choisir entre la chèvre et le chou.

Pourquoi choisir entre la chèvre et le chou.

Voici mon nouvel ouvrier. Jusqu’à maintenant, l’enlèvement des mauvaises herbes des champs d’ananas se faisait à la main. Enfin, la main c’est manière de dire, c’est à la machette, à la main. Parce qu’ils ne font pas les détails les ouvriers ici. Ils bossent dur et il n’y a pas un brin d’herbe qui survit. Le problème, c’est qu’il n’y a pas non plus un tuyau d’irrigation qui s’en sort indemne, alors j’ai renforcé l’équipe de travail. Parce que la chèvre, elle se fait payer en carottes, elle n’a pas besoin de pause pour le déjeuner (quoique, dans l’absolu, elle n’a pas vraiment autre chose que des pauses repas), et elle permet d’utiliser les ouvriers à un travail plus valorisant. J’espère seulement que je n’aurai pas la commission du travail sur le dos, parce que je dois attacher mes ouvriers avec une corde. Ha oui, par contre, ça ne marche pas trop pour les champs de bananier cette nouvelle technique, semble-t-il que ça goûte bon, la feuille de bananier. Enfin, chacun ses goûts. Moi je peux maintenant contredire l’expression, on peut avoir et la chèvre et le chou, suffit de donner de la mauvaise herbe à la chèvre. On a toujours une troisième solution.

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Trouvez l’intrus

Trouvez l'intrus dans cette photo.

Trouvez l’intrus dans cette photo.

Et dites bonjour à mon nouvel ami:

Caméléon

Un magnifique petit caméléon qui s’était glissé dans un régime de bananes que nous avons récolté. Par contre, fait cocasse en Guinée, le caméléon inspire la terreur : on dit que sa “morsure” vous rendra terriblement malade et peut même vous tuer. Bon, c’est un peu exagéré pour un petit insectivore pacifique et craintif, mais vous auriez dû voir le regard de certains ouvriers quand j’ai pris dans mes mains le gentil petit animal.

En fait, c'est plutôt le pauvre petit qui était terrorisé. Rassurez-vous, je me suis empressé d'aller le remettre sur un bananier, où il s'est tout de suite senti plus à l'aise.

En fait, c’est plutôt le pauvre petit qui était terrorisé, comme en témoigne son œil suspicieux. Rassurez-vous, je me suis empressé d’aller le remettre sur un bananier, où il s’est tout de suite senti plus à l’aise.

 

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Du riz

Séchage du riz

Voici une photo du séchage du riz brut. On laisse au soleil un jour ou deux (en rentrant la nuit pour ne pas que la rosée ne vous génère de l’emploi). Rassurez-vous pour la couleur, c’est bien du riz blanc, simplement encore dans sa cosse (le son). Et oui, c’est du travail avant d’arriver dans l’assiette.

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My way on the Highway

Autoroute

Désolé pour le titre en anglais, mais voilà l’autoroute à l’heure de pointe à Conakry, capitale de la Guinée. Vous voyez que c’est comme chez nous : ça n’avance pas, les voitures sont très rapprochées (quoiqu’ici, quand ça n’avance pas, on se dit que c’est une opportunité de traverser l’autoroute, que ce soit en voiture, à pied, avec une chèvre ou tout ce qui semble approprié). Remarquez, c’est déjà moins pire que si les gens roulaient en sens inverse à toute vitesse. Quoique, ça aussi il y a ici; c’est un genre de système où toutes les voies vont dans une direction durant une heure le matin (comme chez nous pour certaines ponts achalandés), sauf qu’il n’y a pas d’indication de ça, et que les Africains sont généralement très souple sur la notion d’heure (et zigzaguer à 80km/h en sens inverse ne les retient pas).

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Je vous offre une fleur

Fleur Bananier

 

 

Une fleur de bananier en l’occurrence. Bon, vous trouvez peut-être que ce n’est pas si généreux de vous offrir une fleur pas même éclose, mais la fleur du bananier est ainsi. Elle garde cette forme, et chaque pétale qui tombera laissera une dizaine de bananes à déguster 3 mois plus tard. La prochaine fois que vous achèterai des bananes au marché, vous saurez qu’elle était au creux d’un pétale de fleur.

 

Et désolé de ne pas vous offrir un bouquet, mais pensez qu’elle pèse 3 kilos notre chère fleur.

 

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Le barbu

Le Barbu

Il y a cinq photos un peu cliché (mais pas si facile à obtenir) que je trouve sympathiques, alors je me suis dit pourquoi pas en prendre le plus que je pourrai dans ma vie. La première était  une photo en tenant un gros chèque de 2 mètres, que j’ai réussi à obtenir en 2008 en compagnie de deux de mes meilleurs amis. Maintenant, j’ai la 2e photo, celle du mec barbu en Afrique qui regarde dans le lointain. Rassurez-vous je suis parfaitement conscient que cette capillarité ne me va pas, c’est qu’elle sert d’autres buts. Déjà, elle vous permet d’obtenir la deuxième des cinq photos convoitées, et aussi, elle vous sert d’antivol. Comme vous avez l’air d’un sans-abri, on ne vous désigne pas comme première cible pour le vol à la tire (bon, si vous sortez de la banque, le subterfuge ne tiendra pas, mais en général c’est bon), et ça facilite la négociation du prix des achats au marché.

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L’entente cordiale

Quelque chose qui m’a beaucoup surpris est la manière dont les gens entrevoient le commerce. C’est-à-dire qu’après s’être intéressé à un article qu’on désire ou bien avoir demandé le prix, il est presque “obligatoire” de clore la vente avec cette personne (de “s’entendre” comme ils disent). Et là je ne parle pas d’être devant la seule personne en ville qui vend un item difficile à trouver, mais bien de l’achat d’une paire de soulier au marché, dans une allée remplie d’autres vendeurs de savates. La seule chose qui fera qu’on ne va pas discuter une éternité jusqu’à “s’entendre” est si l’item montré n’est pas ce qu’on recherche.

 Parce que si vous dites poliment que c’est trop cher, ça ne va pas aller. On vous dira quelque chose comme “Combien tu as?”, sous-entendu, combien d’argent vous aviez apporté en prévision de cet achat. Et ne pensez pas qu’ils veulent être gentils et veulent vous le laisser à ce prix (même s’il est honnête), c’est purement pour forcer la négociation. Quel que soit le prix que vous direz, ça ne va pas les démonter (même que si c’est dérisoire, ça va les motiver, pensant que vous ne connaissez rien au prix du marché et qu’ils pourront se faire une belle marge). Et là, vous pouvez négocier dix minutes, et si vous ne flanchez pas, on vous laissera partir. Parce si vous partez tout de suite sans rien faire, vous serez malpoli.

Alors moi, pour ne pas que les gens s’offusquent (voire se fâchent carrément) quand je m’en vais parce que je veux au préalable aller voir un peu ce que les autres marchands ont (ça va vous surprendre  la première fois de vous faire réprimander de partir comme ça, même par le vendeur voisin), j’ai pris l’habitude, quand on me montre quelque chose, de dire que ce n’est pas tout à fait ce que je cherche, mais que peut-être ça pourrait s’adapter (même lorsque c’est exactement ce que je cherchais). Alors on négocie un peu, l’air de rien, et je peux finir en disant que le prix est correct (on “s’entend”, l’honneur est sauf), mais que je vais tenter d’abord de trouver la pièce exacte et revenir si je ne trouve pas. Comme ça, me laisse une échappatoire diplomatique pour aller voir ailleurs et valider le prix.

Parce que le problème, c’est que pour un pauvre agriculteur, ça va jusqu’à vendre presque à perte devant un acheteur coriace (alors qu’il aurait peut-être pu vendre à quelqu’un d’autre le lendemain pour un peu plus). Pas nécessairement consciemment, puisqu’il n’a pas l’habitude de calculer tous les coûts d’exploitation, alors il cherche juste à aller chercher le maximum pour ses produits (enfin, le maximum avec la personne en face de lui). Mais rassurez-vous, je dramatise intentionnellement pour illustrer, ce n’est pas nécessairement si courant. Parce que si quelqu’un donne un prix dérisoire ou exorbitant et refuse d’ajuster son prix, l’autre mec n’acceptera pas un accord qui lui est préjudiciable.

Et rassurez-vous, avec le temps, on apprend le prix des choses usuelles et on arrive à estimer le prix réel des items qu’on veut acheter, donc quand on dit “combien on a” et qu’on tombe pile (parfois par chance), là tout de suite on devient un connaisseur, et ça facilite grandement la négociation, fini le prix foté (blanc), doublé ou triplé. Allez, on va s’entendre! 21 mars, à suivre.

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À la douche

Je me permets pour une petite fois de laisser tomber de côté la bouffe, la langue et les traditions pour aborder un sujet un peu plus banal et quotidien (parce que je me dis que ceux qui s’ennuieraient à lire d’anodines débilités n’ont probablement pas tenu jusqu’ici, et que les autres qui s’en lasseraient attendront simplement le prochain texte).

Bref, prendre une douche est quelque chose d’inévitable pour toute personne âgée de plus de 30 ans (parce que si en 30 ans ça ne vous est jamais arrivé, vous avez probablement choppé le typhus et vous ne vous n’avez pas passé la trentaine). Mais prendre une douche en Guinée est fort sympathique. Déjà, parce qu’avoir une douche est un luxe. Je l’ai volontairement présenté comme si cela allait de soi pour ne pas trop brusquer certains, mais ce n’est pas le cas dans bien des coins du monde. Rassurez-vous, les gens ici ont une hygiène irréprochable, il y a la rivière au bas de la côte.

Parce qu’ici, la douche, ce n’est pas une fois tous les trente ans. Avec les routes en terre et le temps sec, il y a de la poussière dans l’air (quoique dans l’absolu en temps humide c’est de la boue partout, alors on reste dans un registre au moins équivalent). Parce que oui, le Guinéen moyen n’a pas son carré de pelouse bien arrosé et bien tondu des citadins de chez nous qui éliminent ainsi la poussière atmosphérique (et, les autres, ne vous moquez pas trop des citadins parce que vous trouvez ridicule d’arroser se pelouse, parce que chez bien des gens en région, ce que vous appelez gazon, c’est de la mauvaise herbe tondue. Ce qui n’enlève en rien le commentaire sur la pelouse urbaine). Et quand vous travaillez sur un système d’irrigation à moitié remmanché, il est souvent requis de prendre une douche avant de passer à table (ou au moins, de vous laver les mains jusqu’aux coudes).

Donc, quand on a la chance comme moi (et oui, désolé de briser l’image que certains avaient, mais je vis dans le luxe), d’avoir une douche, on se développe un certain rituel. Parce que par douche, il faut entendre douche froide (encore que, si vous planifiez bien vers 15h, le soleil frappant le château d’eau au toit donne une température qui pourrait se rapprocher de la tiédeur (avec un peu d’imagination). Alors vous faites comme une jeune demoiselle qui se trempe le gros orteil et se mouille la nuque avant d’entrer dans une piscine. Mais bon, question de défendre votre virilité, vous y allez quand même pour les bras entiers  et toutes les jambes (en bas des genoux quand même, viril d’accord, mais pas téméraire). Ensuite vous mouillez le dessus des cheveux, tête inclinée à 90 degrés, parce qu’avec les cheveux il y a délai avant de sentir le froid, et quand on le sent, c’est déjà trop tard alors on assume. Ensuite, vous vous mouillez le torse en frottant vigoureusement avec les mains pour vous donner l’impression de vous réchauffer et vous imaginer comme un fier gorille (alors qu’en fait vous ressemblez probablement à un lombric qui se tortille). Puis  vous coupez l’eau pour vous savonner, ce qui est très bien autant chez nous pour économiser l’énergie et l’eau potable, mais ici c’est plutôt pour vous donner l’impression de mettre un terme à cette folie. Et vous reprenez pour le rinçage, chaque fois surpris que finalement l’eau n’est pas froide du tout, que vous ressortez, rafraîchi et détendu, le sourire au lèvre. Parce qu’il fait 35 degré à l’ombre, dehors, et qu’on la voulait froide, la douche. 7 mars, have fun.

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Le secret est dans la sauce

Et non, il n’est pas question de faire référence à un film des années 90. Il s’agit bien de cuisine ici, cuisine africaine en l’occurrence (vous comprendrez que je n’ai pas l’intention de parler de cuisine birmane alors que je suis en Guinée). Ayant l’honneur de connaître des gens formidables, et dont certains avait eu la chance (bon en fait, le terme c’est «l’initiative» plutôt que chance, mais je ne veux pas que d’autres se sentent mal) d’avoir fait un séjour dans cette formidable terre africaine (y aurait-il corrélation entre l’aspect formidable d’une contrée et les gens qui s’y rendent?).  Bref, l’un des aspects (culinaire) qui revenait souvent est le concept de riz-sauce. C’est le plat «national» de l’Afrique de l’Ouest. Vous direz que je prends large à parler d’une nation pour 15 pays africains, mais c’est que je trouve que géographiquement ce sont les cartes qui prennent large en parlant d’une seule nation pour un pays africain (alors je me permets cet écart, au point où on en est). Bref, le riz-sauce, vous allez en manger si vous venez en Guinée.

Mais c’est un peu réducteur de parler de riz-sauce. Ça laisse l’impression qu’il y a un seul plat.  Il faut comparer à si on disait que le plat typique de chez nous est un morceau d’animal avec une plante ou une céréale en accompagnement.  C’est simplement qu’ici ils ne ressentent pas le besoin de nuancer et de trouver des termes fancy comme poulet cordon-bleu en sauce béchamel aux herbes de Provence. Mais bon, le nom n’est pas mal choisi : vous avez un plat de riz cuit ou étuvé, accompagné d’une sauce bien relevée dans laquelle on peut mettre un peu tout ce qui nous tombe sous la main (légumes, haricots sec ou pois chiches, courge, viande, poisson fumé, salé ou «frais»).

Malheureusement, l’impact psychologique sur l’étranger en Guinée est qu’il mange toujours la même chose, du riz-sauce, et il s’ennuie de ses plats aux noms éloquents. J’aimerais bien leur remonter le moral en trouvant des noms poétiques aux diverses variantes, mais ces distinctions n’existe pas en langue soussou. En contrepartie, je ne les laisserai pas dans l’angoisse et le désespoir gastronomique dans cette apparence de désert culinaire, j’ai une technique personnelle à proposer. Vous sautez un repas de temps en temps, ça vous diminuera déjà la sensation de fréquence de répétition, et en plus, comme vous serez affamé le repas suivant, vos sens en éveil, vous serez en mesure de distinguer les nuances et savourer la profondeur des variantes : la sauce n’est jamais la même, même si vous en manger un millier de fois. Ce n’est jamais le même plat.

Mais bon, on m’a dit que c’était trop brutal comme méthode et que dans certains contextes contredit la convention de Genève. Alors comme alternative, vous pouvez aussi utiliser le fait de connaître cette variété et simplement prendre le temps de savourer chaque bouchée, parce que vous n’êtes pas pressé, vous êtes en Afrique. Je soupçonne même que ça n’existe pas en soussou, « être pressé ». Alors je vous souhaite bon appétit, parce qu’on n’a pas besoin de souhaiter ça, ici. 1er mars, à suivre.

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La quête de la poulie perdue

Au risque d’entraîner une certaine monotonie en récupérant un sujet précédent (et oui, je n’hésite pas à faire preuve d’une ignoble ingratitude envers ceux qui lisent mes textes, simplement parce que je trouve fun de les écrire), je me permettrai d’illustrer la difficulté à obtenir le matériel déjà abordée dans un texte précédent par un petit exemple. Je devais modifier un broyeur agricole pour le maïs séché, qui tournant trop vite au point de risquer de s’autodétruire (rappelons que la majorité des équipements est de fabrication artisanale, alors il ne faut pas s’attendre à la robustesse de nos équipements industriels). Il me fallait donc trouver une poulie plus grande pour ralentir la vitesse de rotation.

Quand je parle de poulie, si jamais ça ne vous évoque rien (ou bien peut-être une recette de poulet rôti), visualisez la roue au bout d’une corde à linge, mais en plus massif (et pour les fancies de la ville qui n’ont pas de corde à linge, vous avez vu au moins un film avec un mec tirant une corde pour sortir un seau d’un puits, ou bien pour monter des matériaux quelques étages plus haut, ce dont les comédies et dessins animés aime bien lors qu’on lâche la corde). Ou pour ceux qui ont déjà ne serait-ce qu’ouvert le capot de leur voiture, c’est sur cela que sont raccordées toutes les courroies noires que vous voyez. Bref, j’avais besoin d’une poulie en métal (je dis métal pour rester vague sur le type de métal, parce qu’il faut être souple si on veut se donner une chance).

Avant de partir, on me dit que c’est probable que je ne trouve pas directement la bonne poulie, et que je devrai peut-être en faire usiner une pour correspondre aux dimensions exacte. Bon, moi ça ne me fait pas peur, c’est tout à fait normal d’avoir à modifier le trou central pour corresponde à la tige de votre équipement ou moteur. Mais appelez ça une question de différence d’expression entre le français de différents continents, mais je n’avais pas tout à fait compris ce que cette remarque impliquait.

Je me rend donc dans la ville la plus proche, et fidèle à ma technique personnelle, je me promène au hasard dans le coin où on a l’air de vendre des pièces mécaniques en ayant l’air de chercher quelque chose, jusqu’à ce qu’on m’aborde pour me demander ce que je cherche. Mais là, celui qui m’aborde c’est un mec random qui n’avait rien à faire et qui relaxait à l’ombre avec ses amis, alors il n’a aucune idée d’où on peut trouver une poulie, Par contre, il a un pote qui connaît ça et qui est tout près. Alors je le suis (bon là, pour ceux qui n’ont pas des bases en survie urbaine, quand je dis de suivre un inconnu, je ne parle pas de le faire dans une ruelle sombre à minuit, mais plutôt dans des rues bondées à midi et en gardant un œil sur votre sac à dos, et si possible, en mesurant 1m90 ou plus). Et l’autre pote finalement ne sait pas trop, mais comme cela vous a rapproché d’un secteur plus propice (c’est un peu comme chercher les yeux fermé et se faire dire si c’est chaud ou froid en avançant à tâtons), un mec autour écoute la conversation et il connaît un jeune dont l’oncle travaille ce genre de pièce.

Alors on se rend à l’atelier du type en question, une cours arrière en terre battue avec un coin aménagé d’un toit en tôle où traînent quelques bouts de métal. Je décris donc ce que je veux, réalise qu’il ne sait dire que bonjour en français, et mon nouvel amis sert finalement de traducteur. On discute du prix pour l’ouvrage, et moi je demande de voir au préalable la poulie qui servira de base pour les ajustements, afin de vérifier que c’est faisable. Même en insistant plusieurs fois, je me fais répondre de me pas m’inquiéter, qu’il va fait le travail là devant moi (en pointant son “atelier”). Bon dans ma tête, je dis que s’il travaille là, il faudra bien qu’il apporte la poulie avant de commencer, alors on s’entend pour le prix, mais payable après l’ouvrage (je pourrai donc intervenir dès le début et annuler l’opération si ça ne convient pas). Et c’est effectivement lorsqu’il a commencé à travailler que j’ai compris.

Parce que sans être une maître des techniques d’usinage, j’ai quand même des bases et je ne voyant là rien qui permettait de travailler le métal. Je le vois donc s’installer, et après quelques minutes, je comprends, parce que j’ai aussi des bases dans un autre domaine : la fonderie. Parce qu’en Guinée, si on veut une poulie, on a seulement deux solutions, soit en ramasser une toute rouillée dans la cours d’un ferrailleur, et qui fait à peu près les dimensions qu’on veut (mais un peu cassé, elle ne s’est pas retrouvée chez le ferrailleur pour rien), soit carrément la fabriquer sur mesure, from scratch (ou from scraps plutôt). Et c’est là où j’en étais. J’imagine que vous commencez à saisir un peu l’essence de ce que je veux dire par ça prend du temps obtenir le matériel. Mais bon somme toute, en 3 ou 4 heures, on a une pièce brute de la taille de la poulie qu’on veut, faite en “alliage” d’aluminium fondu dans trou rempli de charbon (remarquez, c’est pareil chez nous, même les immenses fonderie sont au charbon, à la seule différente que la température n’est pas contrôlée par le fils du propriétaire qui tourne un ventilateur à manivelle).

Donc, ça, c’est la première étape. Par chance, mon nouvel amis connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui pourra probablement faire les rainures et le trou centrale de la poulie et ainsi finir le travail. Donc on se rend chez le tourneur (comme ils disent ici, ce qui a du sens parce que la machine qui fait ce genre d’opération s’appelle un tour, mais il y a aussi un deuxième sens ici). Par chance, le mec chez qui on tombé est bien équipé. Comme ce genre de machine demande de la précision, elles sont construite en métal plein, increvables, très robustes et pouvant durer des décennies. Ce qui est une chance, car la machine qu’on va utiliser doit bien faire ses 75 ans. Bon, certains futés diront que le moteur n’a pas pu durer aussi longtemps et qu’un simple artisan n’aurait jamais pu s’en repayer un neuf. C’est qu’ils n’auront pas remarqué l’immense manivelle au bout de la machine, et seront donc sans doute surpris lorsque les 4 jeunes garçons qui semblaient relaxer après leur journée d’école se relaieront deux par deux pour faire tourner la machine, octroyant ainsi son plein sens au métier de “tourneur”. D’accord, ce n’est pas aussi rapide, mais le travail reste bien fait, et puis, un moteur électrique n’est pas très utile quand on manque de courant un jour sur deux. Alors 3 ou 4 heure de plus, et vous avez votre poulie toute “neuve”, avec la sensation d’Indiana Jones obtenant enfin l’artéfact convoité.

Bon, j’avoue que mon texte est un peu long finalement, mais c’est en quelque sorte pour vous mettre dans le même état d’esprit que si vous cherchiez du matériel en Guinée : vous commencez tout content parce que vous savez que ça va être fun, mais que même quand ça commence à être long, vous réalisez que ce sera encore plus long. Par contre, si vous n’avez pas peur de prendre des initiatives et que vous allez jusqu’au bout, vous aurez beaucoup de plaisir, comme lorsqu’après plus d’une heure à les regarder travailler, vous empoignez la manivelle pour faire votre part et donner une pause aux jeunes “tourneurs”, ça fait bien rire tout le monde et même qu’on vous prend en photo tellement ils n’en croient pas leurs yeux. Et comme ça, vous n’aurez plus à chercher d’autres tourneurs, parce que celui-là vous trouve sympathique et voudra toujours vous faire du bon travail à un prix honnête. À suivre. En attendant, have fun

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Être ou ne pas être, malade

Et non, désolé de décevoir ceux qui pensaient que je suis trop confiant de ne jamais tomber malade que j’ai fait une connerie (et, accessoirement, rassurer ceux qui en lisant le titre s’imaginaient que j’avais choppé Ébola et je ne sais quelle fantaisie, vous vous inquiétez pour rien). Bref, je ne suis pas malade, être malade ne fait pas partie de mes mœurs. Cette présomptueuse affirmation peut vous sembler incohérente, mais disons plutôt que mes habitudes de vie, si farfelues soient-elles, m’incitent à pouvoir sortir ce genre de phrase.

Bien dormir déjà, c’est crucial, mais ça j’en ai déjà parlé, du sommeil. Ensuite, boire sept litres et demi d’eau chaque jour (bon, c’est seulement pour les jours de plus de 30ºC, mais en Guinée, c’est redondant de le préciser). Je n’ai jamais vraiment  compris pourquoi les gens climatisent une maison entière pour se rafraîchir plutôt que de se refroidir de l’intérieur avec un peu d’eau (mais bon, c’est pour ça le 7 litres), bien plus efficace il me semble. Bien laver, autant les mains (5 à 6 fois par jour, ça c’est si vous ne faites rien de salissant, sinon, il faut savonner et rincer 3 fois) que laver les fruits et légumes qu’on veut manger. Et aussi, mais ça c’est plutôt une technique personnelle, prendre quelques kilos de poids corporel supplémentaires avant le départ (désolé d’avoir semblé victime d’embonpoint devant certains d’entre vous, dites-vous seulement que je suis bien gras, c’est que je prépare un prochain projet), histoire que le corps ait des réserves pour tenir face à l’envahisseur.

Il y a aussi, bien sûr, l’aspect hygiénique, pas tant au niveau salubrité (je ne nierai que certains coins du monde n’ont pas les mêmes standards, mais  là n’est pas le point), mais plutôt au niveau de son aspect papier. Rassurez-vous, elles sont finies les années où on n’échangeait jamais une poignée de main avec la main gauche. Le papier est disponible partout, simplement que sa fréquence d’utilisation en Guinée est souvent très élevée pour les gens habitués de vivre dans le désinfectant et de ne pas manger un bout de pain rien que parce qu’il est tombé par terre (soyez conscient que dans bien des coins du monde, le pain ne tombe pas par terre, il est volontairement posé par terre, en tas, pour l’entreposage avant de les vendre). Et la fréquence de nettoyage des installations doit donc concorder, à moins d’avoir chaque la sienne, mais là vous êtes en pleine féérie.

Finalement, la viande (incluant le poisson, le poulet, bref tout ce qui a déjà bougé à une époque de son existence). Que le végétarien en vous se réjouisse, en voyage, allez-y mollo sur la viande. Pas pour des problèmes de cholestérol, rassurez-vous, simplement parce que la viande fraîche (au sens large) est ce qui a le plus de chance vous rendre malade. Alors oui, les plats de viandes sont très savoureux en Guinée, probablement en relation avec le fait que quand on ne peut pas souvent se payer de la viande, on travaille fort pour en extraire son plein potentiel aromatique. Mais, même si les petits futés parmi vous se dise qu’ils s’achèteront un congélateur pour tuer les éventuelles bactéries et parasites (la congélation demeure un précédé efficace, je ne le dément pas), le fait que précédemment il soit resté à la douce tiédeur de l’ombre d’un manguier ou de l’étal d’un vendeur durant quelques heures (ce qui dans l’absolu est même pire qu’en plein soleil, qui est si chaud qu’il fait sécher un peu la viande et ralenti le développement des bactéries), fait que diverses toxines sécrétées par lesdites bactéries resteront bien intactes dans votre congélateur et vous feront relire le paragraphe précédent (et ça, c’est sans compter les multiples pannes de courant de votre cher congélateur)

Alors moi en attendant, je ne suis pas malade, même si je le suis empathiquement en voyant tous ceux autour de moi qui se détournent des principes de conduite que je viens de décrire et qui tombent comme des mouches (tombent sur leur lit pour se reposer ou sur quelque siège approprié). Enfin, soit ça, ou bien je suis Superman, mais si c’est le cas, j’ai beaucoup de travail à faire sur les pectoraux. 21 janvier, à suivre. Have fun.

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Le repos

Beaucoup de gens qui voyagent éprouvent certaines difficultés d’adaptation à un nouveau pays, tantôt au climat ou à la nourriture, tantôt aux coutumes ou aux manières de vivre. Il y a bien sûr l’aspect de tomber un peu malade, bon, ça peut arriver ça, on ne va pas le nier. Par contre, mon hypothèse personnelle (qui, par définition, est une idée complètement farfelue, mais sans être tout à fait insensée) est que, fondamentalement, ce à quoi les gens ont de la difficulté à s’adapter est le sommeil.

Pas tant le fait de dormir en soit, je suis persuadé qu’après une journée de marche à travers une ville étrangère (ou après une certaine quantité de «rafraîchissements» sur la plage), on est bien fatigué et on dort. Mais ma supposition pas-vraiment-fondée-sur-quoique-ce-soit dont il est question est que les gens n’ont pas un sommeil de qualité, un peu comme un bourreau de travail chez nous, qui s’endort épuisé mais ne se repose pas bien, trop stressé. En voyage, on n’est pas chez soi. D’accord, cette dernière phrase est, je vous l’accorde, d’une impertinente redondance, mais c’est plutôt pour illustrer pas tant le fait d’être chez soi, mais de se sentir chez soi.

Parce que quand on est à 35ºC à l’ombre en février et que les gens autour de vous parlent n’importe comment, c’est là qu’on se dit qu’on n’est pas chez soi. Et à mon avis, ça a une certaine influence sur le sommeil qualitatif (d’où l’omission du terme “sommeil” dans le titre). À la campagne en plus, c’est certain qu’il y a des musicalités nocturnes, mais bon, c’est la campagne, il y a des bestioles un peu partout, alors on peut comprendre que certains peuvent mal dormir, ou avoir des sueurs froides en entendant la nuit le féroce son rapproché d’un Anopheles furieux et assoiffé de sang (soit dit en passant, c’est un moustique).

Alors donc, j’ai l’impression c’est l’aspect de l’adaptation qui est la plus difficile pour la plupart des gens, même si c’est plus subtil, on trouve facilement le sommeil, mais pas le repos. D’accord, je suis prétentieux avec mon «la plupart des gens», comme si j’étais au-dessus de ça, mais bon, ceux qui me connaissent un peu savent que j’ai le sommeil “flexible”, que ce soit en dormant avec de l’équipement minimaliste en camping (encore que, parler “d’équipement” est déjà un abus de langage), ou bien sur un plancher de bois (mais du bois mou, genre pin ou épinette) ou encore sur le confortable tapis d’un local de projet scolaire. En attendant, et c’est purement hypothétique, je me repose bien et je n’ai aucun mal à m’adapter. 18 février, à suivre. Have fun.

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Prendre le taxi

En Guinée, le terme “taxi” prend différents sens. D’une part on a toujours les petites moto classiques des pays chauds (ce qui n’empêche pas d’être autant de gens sur la moto que dans une voiture chez nous), qui sont un peu partout et peuvent vous emmener où vous voulez (pour une prix forfaitaire entendu à l’avance selon la longueur de la course et l’humeur du chauffeur).

Ensuite, vous avez des voitures taxis, vertes et jaune et dont on a l’impression que si elle n’ont pas au moins 15 ans, elles ne peuvent avoir leur licence, qui font des parcours prédéterminés à un tarif fixe, un peu comme les autobus chez nous (à l’exception qu’on peux demander d’arrêter pour embarquer ou débarquer n’importe où sur le parcours et le tarif est ajusté, à peu près), et gérées par chaque chauffeur individuellement. Encore là, il faut se serrer les fesses, d’une parce que les routes sont cahoteuses et d’autres par le nombre de passagers ne respecte pas vraiment le descriptif du manufacturier. Encore que, 4 à l’arrière, j’ai souvent fait ça avec mes cousins étant enfant (mais ici, les enfants ne sont pas comptés dans le nombre de 4). Ensuite, 2 personnes sur le siège passager, là on est déjà un peu plus exotique. Mais ce qui risque de vous surprendre, c’est que quand tout est plein, le chauffeur se tasse un peu vers la portière et on tombe à 2 personnes aussi sur le siège conducteur (et rappelez-vous que tous les voitures sont à transmission manuelle).

Et troisièmement pour les grandes distances, vous avez l’option de grimper sur un camion de livraison, ce qui diminue le coût de transport (puisque le chauffeur est déjà payé, alors les passagers “clandestins” sont un bonus pour lui). Entre les villes principales, vous avez aussi les voitures-taxis et des mini-vans (qui ne sont pas appelés taxis mais qui opèrent exactement pareil que les voitures, à l’exception que les sièges sont en bois) qui font le trajets, mais n’espérez pas vraiment plus de confort que couché sur la cargaison d’un camion.

Mais bon, tout ça c’est pour les vieux et les femmes enceintes, non? Vous, vous préférerez bien sûr marcher 5-10km. Parce que comme même les enfants le font pour allez à l’école, de quoi vous auriez l’air si vous preniez une voiture pour si peu. 15 janvier, Have fun

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Là d’où je déjeune

La vue de l'endroit où je demeure en Guinée

La vue de l’endroit où je demeure en Guinée

Voici la vue que j’ai le matin (et encore, vous n’avez pas le lever de soleil) en dégustant un petit café local (l’inverse serait un peu insensé en Afrique). C’est vrai que durant le petit déjeuner, parfois il fait encore noir, mais bon, c’est la campagne, alors on se lève tôt. Et puis la vue est là à tout moment de la journée. Have fun.

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Trouver du matériel, en Guinée

Avoir les bons outils est une chose, mais il faut aussi obtenir le bon matériel et des matériaux de qualité. Et c’est une chose bonne à savoir pour tous ceux qui auraient l’envie de faire des projets motivants dans les pays en développement (je vous y encourage fortement, c’est hyper fun et très enrichissant), et parfois même certains farfelus en porte une critique aux projets de coopération internationaux : ça prend toujours trois fois plus de temps que prévu pour réaliser le projet. Je dirais à l’endroit de cette critique que ce n’est pas tant que la réalisation du projet prends plus de temps, c’est simplement que pour un travail donné, il faut considérer 2 fois le temps de réalisation rien que pour trouver le matériel et le personnel qualifié (qualifié, à prendre au sens large).

Vous vous exclamerez sans doute que j’exagère, comme à mon habitude, rien que pour me rendre intéressant. Sans me prononcer sur ce fait, je me permettrai simplement de présenter certains aspect de la problématique et vous laisserez juge du résultat. D’abord, quand vous chercher quelque chose au Canada, que ce soit un tournevis ou un vêtement de dernière mode, vous pouvez facilement vous rendre dans votre centre commercial favori, dans une quincaillerie ou une boutique d’une chaîne connue. En Guinée par contre, il n’y a pas de centre commerciaux, les magasins n’ont pas de nom ni d’adresse, le bottin de téléphone est inexistant et ne comptez pas trop sur trouver un site internet. Certainement par contre, ce que vous cherchez existe très probablement et se trouve même à plusieurs endroits, le problème est de trouver lesdit endroits.

Bon, moi j’ai développé une technique personnelle qui consiste à se promener dans les rues de la ville (ou du village, le cas échéant), à pied, en regardant un peu partout au hasard, l’air de chercher. Et pour que ça marche bien, il faut avoir en main une pièce ou un produit. Idéalement, que ça ressemble à ce que vous cherchez est un plus (par exemple la pièce cassée que vous voulez remplacer), mais dans l’absolu, ce n’est pas une nécessité car ça y ressemble, n’importe quel morceau de métal ou de plastique fera l’affaire, pourvu que ce soir intrigant. Si vous faites cela, inévitablement, il y aura quelqu’un qui vous saluera et vous demandera ce que vous cherchez. Et souvent, il connaîtra quelqu’un (ou quelqu’un qui connaît quelqu’un) qui s’y connaît un peu et pourra vous aiguiller. Ça prend souvent quelques essais, mais, à la manière d’un rallye,  chaque fois vous aurez un indice de plus comme le coin de la ville où on trouve ce genre de pièce ou de produit, ou encore le nom d’un artisan, qu’il vous suffira de demander dans le secteur jusqu’à tomber sur quelqu’un qui le connaît.

Mais il y a un piège. Comme ça prend une éternité à trouver un endroit où on vend ce que vous chercher, l’étranger novice se sentira très heureux et soulagé lorsqu’il tombera enfin sur la perle rare (qui n’est pas nécessairement rare, mais souvent trop bien cachée). Je dis novice heureux, mais moi aussi je suis très heureux à chaque moment de ma vie. Cependant, lorsqu’on y pense un peu et qu’on se met dans la peau du vendeur qui voit arriver ce fringant acheteur prêt à tout pour ne pas resombrer dans le désespoir de la quête de cet artéfact si convoîté. L’idée pourrait lui venir de penser que l’acheteur est prêt à tout, même à payer 3 fois (voire 10 fois) le prix normal. Alors il faut souvent refaire le processus quelques fois, trouver différents endroits,trouver un vendeur chummy, se faire une idée réaliste du prix et ensuite pouvoir faire réaliser (ou faire croire) au vendeur qu’on est pas le novice qu’il pense. Have fun. 9 février, à suivre.

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Le Guinéen

Malgré mon impardonnable absence depuis 6 mois, je me permets de recommencer à écrire, cette fois à partir de la Guinée, Afrique de l’Ouest, simplement parce que je trouve cela sympathique de présenter de manière désordonnée à peu près n’importe quel sujet, et qu’il semblerait qu’être dans des contrées peu touristique donne ce privilège.

Et puisque cela demeure une forme de communication, pourquoi ne pas commencer par la langue parlée en Guinée. Je mets langue au singulier ici pour ne pas brusquer les gens (même si je ne crois pas que vous serez de ceux qui pensent qu’en Afrique, on parle “l’africain”), parce qu’en fait, il faudrait plutôt dire la multitude de langues parlées en Guinée. J’irais même jusqu’à dire que, pour l’Afrique entière, aucun linguistique sérieux ne s’avancerait à dire un chiffre pour le nombre de langues parlées activement (visualisez bien plus d’une centaine, pour vous faire une idée).

Rassurez-vous cependant, il est très facile de communiquer dès son arrivée en Guinée, pour la simplement raison qu’une langue qui est très répandue est le français. Mes excuses à ceux qui rêvaient d’exotisme, mais la raison est simple, c’est que d’une part, ça fait à peine plus de 50 ans que la Guinée n’est plus une colonie française, et que d’autre part, il serait trop coûteux de produire des livres scolaires dans chaque langues locale (même si c’était peu coûteux, ça resterait probablement trop coûteux). Cela retarde certes le cheminement scolaire au départ en raison de l’apprentissage d’une nouvelle langue, mais au moins, ça donne la possibilité de poursuivre des études plus avancées et avoir accès à des livres plus spécialisé ainsi qu’aux connaissances disponibles sur le web, parce que les sites webs instructifs en Malinké, ça ne court pas les rues.)

Donc, le résultat est que la quasi-totalité des gens ici sont polyglottes : d’abord la langue traditionnelle de la région dont ils sont originaires, ensuite le soussou comme langue commune de communication en Guinée, puis le français à l’école et souvent une ou deux autres langues de cultures qui sont en grand nombre dans la ville où ils habitent (le peul/fula et le malinké étant les principales avec le soussou).

Mais n’allez pas penser que je cherche à diminuer la valeur des 3 ans de cours d’espagnol ou de grec moderne que vous avez pu suivre à l’école pour apprendre une troisième langue. J’en suis au contraire toujours ravi et j’ai un immense respect pour tout ce qui vise à s’ouvrir au monde alors c’est au contraire encore plus louable d’avoir fait le choix conscient et mis les efforts pour apprendre une nouvelle langue. C’est simplement qu’ici, les gens sont immergés dans cette multitude de langue, alors il est beaucoup plus facile d’apprendre des langues lorsqu’on les parlent autour de vous chaque jour.

Alors pour ma part, il me faudra tenter d’apprendre 2 ou 3 langues simultanément (et chaque langue n’a rien en commun avec les autres), ce qui me donnera l’occasion de rencontrer encore plus de gens et découvrir une merveilleuse diversité de cultures. Et je commence toujours par apprendre à dire merci, ce qui est à mon avis le mot de plus importants de tous (certains diront que ce serait plutôt “bonjour”, mais le problème est que si vous dite tout de suite bonjour dans la langue locale, ils vont penser que vous la parlez couramment et vont enchaîner rapidement. Moi je préfère plutôt terminer avec un merci, c’est tout aussi poli, et c’est moins contraignant). 31 janvier 2014, à suivre. Have fun, et i nou wali.

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Demander des directions à Port-au-Prince

Lorsqu’on se retrouve en terrain inconnu dans une ville que l’on ne connait pas, obtenir des directions peut devenir laborieux (bon, pour certains ça l’est même dans son propre quartier, mais je n’entrerai pas là-dedans). Dans une ville à l’étranger, il y a des difficultés supplémentaires, du fait que ce n’est peut-être pas notre langue maternelle, ou que le français ou l’anglais parlé par notre interlocuteur local nous apparaît comme une langue étrangère. Il y a aussi bien sûr le fait qu’on ne connait pas les noms de rue, qu’on peine à localiser le nord ou que les routes effectuent des tracés qui nous laisse à penser que l’urbaniste en charge était un admirateur de l’antique ville grecque de Minos (connue pour sont fameux labyrinthe).

À Port-au-Prince, il y a ça bien sûr, mais il y a un niveau d’intérêt supplémentaire pour les amateurs de rallye à pied : les gens sur place non plus ne connaissent pas les noms de rue et ont de la difficulté à localiser le nord. D’ailleurs, les points cardinaux donnent l’impression d’être utilisés ici car les provinces (departman) sont nommées ainsi (Nord, Sud, Ouest -qui est Port-au-Prince-, Nord-Est, etc.), mais c’est un mot comme un autre, ça n’a pas plus de signification directionnelle pour les gens locaux que Manitoba ou Lozère. Par exemple, si vous allez en dans la partie nord du pays pour visiter, on  vous dira que vous vous trompez si jamais la ville où vous allez est dans le département Nord-Est, et non dans le département Nord.

Mais rassurez-vous, en ville on a d’autres références, notamment en haut ou en bas puisque Port-au-Prince est construit sur des Montagnes (en haut) et son centre-ville est au niveau de la mer, à côté du port. Bon, moi au début ça me perturbait un peu puisque pour me rendre chez moi je dois monter, descendre beaucoup, puis remonter un peu, alors je ne savais pas trop quoi répondre à la personne qui me demande si j’habitais en haut, pour avoir la direction générale de ma maison. Il y a aussi les routes de camionnette (“autobus”) qui servent de référence, nommées par leur terminus de destination, au point que ça peut être trompeur lorsque je demande si la rue où on se trouve est la route Tabarre, alors je me réjouis si on me répond oui, je ne suis pas trop perdu, et je dis donc mesi anpil (merci beaucoup, visualisez, “mercis en piles”). Lorsqu’on réalise qu’en fait la rue où on se trouve permet de prendre une camionette et rouler 15 minutes pour arriver à la route Tabarre, on se dit que finalement on était un peu perdu.

Et oubliez la notion de kilomètres pour se faire une idée. Comme la vitesse sur une route dépend grandement de son état (autant le pavage que la circulation d’une constance erratique, pour l’image que ces deux mots peuvent donner), la notion de distance parcourue est fort trompeuse. Aucun Haïtien ne m’a cru quand je leur ai dit que leur pays n’avait que 300km de haut . On me disait que ce n’est pas vrai, que ça prend 8h ou 9h pour arriver dans le nord. Et oui, c’est le temps que ça prend pour faire les 300km.

Mais bon, les gens sont très sympathiques, et ils sont toujours disposé à venir vous chercher à pied pour vous rendre chez eux. au point que c’est arrivé qu’on refuse de me dire où c’était, parce que “Tu ne peux pas, tu ne sauras pas comment d’y rendre”. Bon c’est vrai que le fait que j’aie déjà fait un peu de repérage en forêt ça me donne un avantage sur le touriste moyen (il n’y a pas de nom de rue en forêt non plus). En campagne par contre c’est parfois requis, lorsque la sœur de mon hôte est venue me chercher, j’ai noté le chemin pour voir, et effectivement ce n’est pas accessible à tous : gauche droite gauche enjamber la rivière à gué, droite gauche, traverser la rizière, gauche, dépasser 4 manguiers, droite droite droite gauche appeler par cellulaire pour que la personne sorte sur la route (et espérons que vous la verrez, car si vous vous êtes gourré à un de embranchement, have fun). Mais en campagne, les gens sont hyper sympathiques, au point que si vous leur demandez le chemin pour retourner au village, ils vous offrent à bouffer et un lit pour la nuit parce que vous n’arriverez pas avant la pluie (et ce n’est pas qu’ils vous prennent pour une fillette, c’est que la rivière monte de 2 mètres, alors bonne chance pour le passage à gué).

Mais dans Port-au-Prince, apprenez simplement les noms donnés aux carrefours principaux, il y en a une douzaine (dont Aéroport, qui n’est pas à côté de l’aéroport, mais à 5 km; 3-mains, qui est à côté de l’aéroport; Académie qui débouche sur la route Tabarre), une fois qu’on connaît leur nom, ce sont des points de repère connus de tous et aussi les terminus de beaucoup de camionnettes (ce qui vous permettra de savoir laquelle prendre). Et puis, ne critiquez pas trop, chez nous non plus, ce n’est pas tout le monde qui est top, question nord-sud ou pour donner des indications. 23 juin, à suivre.

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Aller à la campagne

La campagne en Haïti est une pure merveille. J’ai pu profité de quelque jours de congé pour me rendre dans le centre du pays afin d’y découvrir ses richesses. C’est vraiment anachronique comme situation, vous avez le fermier avec son cellulaire, panneau solaire et un petite moto, mais d’une autre côté il travaille la terre comme au Moyen-Âge, à la bêche et à la main. Cela fait que la quantité de denrées produites suffit amplement à se nourrir soi-même et sa famille (banane plantain, café, manioc, haricot et riz dans les lagunes), mais n’a pas beaucoup de potentiel de débouchés pour avoir de l’argent liquide. Mais ce qui est tout de même excellent et très encourageant, en plus du fait que les gens de la campagne ont d’excellentes valeurs familiales et sont les personnes les plus sympathiques que j’ai rencontrés (hormis vous-mêmes bien sûr, nobles lecteurs), qui vous invitent à table simplement parce que vous passez par hasard devant chez eux. Ce qui positif donc, c’est que le système d’éducation est très adapté aux besoins de ces zones, avec des cours de technicien agricole, et aussi des cours de “formation continue” pour les agriculteurs plus âgés, histoire d’avoir les bases pour améliorer leurs terres et l’impact environnemental (eau et sol).

Pour les animaux, déjà il faut comprendre que même en ville à Port-au-Prince il y a déjà une certain variété de faune. Beaucoup de chiens, presque tous des chiens errants, très affectueux et toujours en quête de nourriture (parce que contrairement à chez nous, les poubelles ne regorgent pas de restant de nourriture). Ensuite, vous avez des chèvres partout (élevées pour manger, viande aussi commune ici que le bœuf chez nous), vous en verrez à chaque coin de rue des zones résidentielles, hormis peut-être le centre-ville un peu plus touristique. Et puis quelques porcs et vaches, broutant de vielles pelures de légumes dans les dépotoirs improvisés un peu partout. En campagne, vous avez tout ça, plus de nombreux ânes et chevaux pour transporter les charges, quelques bœufs pour le travail de la terre. Et des poules partout, littéralement partout, dans la court, dans la rue, sous mon lit. Parce que comme toutes les autres bêtes, la notion d’enclos et de clôtures pour animaux n’est pas usuelle, et ils sont presque toujours laissés en liberté durant la journée. Et puis, ça aide à se réveiller, vous savez sans doute de les coqs chantent au lever du soleil. Par contre, ce que les livres de contes ne disent pas, c’est qu’un coq chante aussi au coucher du soleil, toute la journée, et à 2h, 3h du matin, histoire de se pratiquer pour le lever du soleil.

Il y a aussi les routes de campagne. C’est une expression bien usuelle au Québec pour dire une route en terre battue, souvent aménagée par les gens locaux, avec un entretien minimaliste vu le peu de moyen, et jugées acceptables même s’il y a des roches qui dépassent un peu ou des trous à chaque 5 mètres, tant que l’on peut rouler (ce qui est un objectif honnête, pour une route). En Haïti, ça ce sont les bonnes routes, en plein Port-au-Prince. Ensuite, vous avez les petites routes secondaires, beaucoup plus hasardeuses pour les voitures (l’équivalent chez des des sentiers pour véhicules récréatifs, à 4 roues ou les motos de type cross-country). Puis, bien en dessous dans l’échelle de la qualité routière, vous avez la route de campagne haïtienne (l’équivalent chez nous le plus proche serait la piste de hiking en montagne, juste un peu plus large, pour qu’une voiture puisse passer serrée).  Mais bon, j’adore le hiking, et le trajet à moto se fait très bien, si on a un peu de patience (parce que c’est plus facile de trouver un chemin pour deux roues que pour 4). Oui, pour les voyageurs pressés, ça devient assez long. Mais dans l’absolu, je devrais dire “pour les pressés”, car l’attribut du voyageur leur est probablement étranger.

Il fait chaud en Haïti, alors l’avantage d’être en campagne, c’est que vous avez des rivières (pas tellement qu’il y a des rivières partout à la campagne, mais plutôt que la campagne s’installe partout où il y a des rivières, pour l’irrigation. Simple petite différence de point de vue). Alors à chaque fois que vous croisez une rivière sur la route, vous allez voir des gens en train de se rafraîchir, de laver les vêtements (considérant qu’une machine à laver standard vaut 2548 jours de salaire, autant vous engager quelqu’un pour laver un jour par semaine) ou laver leur voiture. Pour la voiture, l’image ne vous vient peut-être pas tout de suite de comment elle se retrouve dans la rivière. C’est que quand je parle de croiser une rivière, je veux qu’il faut la janbé, créole pour enjamber, et je ne parle pas d’enjamber un ruisseau d’un petit saut, je parle d’enlever vos souliers et de rouler vos pantalons au dessus des genoux. C’est super bien, ça rafraîchit et ça vous fait un massage de la voûte plantaire. Que voulez vous, il n’y a pas moyen de faire autrement pour une petite communauté en pròvens. Vous aller peut-être me dire que je m’inquiète pour rien, que la solution est facile, il suffit de construire un petit pont. Il y a un Haïtien qui était de votre avis. Malheureusement à la première bonne pluie, la rivière est montée de 2 mètres et le pont a eu une promotion à titre d’embarcation mobile. Bien sûr, il est possible de le faire assez solide, avec des colonnes en béton armé ancrée en profondeur et des dalles de soutènement sur les rives. Mais là, je vous renverrai au paragraphe précédent afin d’évaluer la cohérence d’un tel projet. 18 juin, à suivre.

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Semi-marathon de Port-au-Prince

J’ai tenté, pour le fun, le semi-marathon de Pétionville (quartier/banlieue de Port-au-Prince). Un petite course de santé et un défi sportif pour tous les niveaux (je l’ai déjà fait rassurez-vous, mais jamais dans les conditions d’Haïti).  La moitié de la distance d’un vraie marathon, ça demeure modeste, mais tout de même sympathique, surtout que tous les coureurs et coureuses (majoritairement haïtiens mais aussi pas mal d’expatriés comme moi-même) sont très amicaux. Et attention, ce n’est pas un parcours de fillette en Haïti, comme la ville de Port-au-Prince est construite sur des collines, ça monte: on part de la ville en bas près du port, et on monte presque constamment jusqu’à Pétionville.

Pour le résultat, finir dans le top 100 d’un semi-marathon, c’est quand même un accomplissement pour un type comme moi. Enfin, le mérite, ça dépend du contexte : pour un champion, finir 2e pourra être décevant. Pour moi, c’était plutôt rassurant pour l’atteinte de mon objectif, le fait qu’il y a moins que 100 inscrits.

Le fait qu’ils aient utilisé semi plutôt que demi pour exprimer la moitié de la distance recèle pour moi d’un certain sens. Déjà pour la distance, qui est plutôt semi-proche d’environ la moitié d’un marathon. Mais aussi pour l’aspect semi-organisé de la chose. Remarque, ce n’est nullement une critique, le simple fait d’avoir organisé un événement du genre est méritoire. Mais bon, reculer la date 2 fois, et la deuxième fois en oubliant d’avertir la moitié des coureurs (dont je faisais partie), j’estime que le terme semi n’est pas exagéré. Mais attention, ce n’est pas un problème, moi ça m’a permis de jaser avec plein de monde et de me faire deux potes avec qui nous avons décidé de courir quand même (et on s’est planifié quelques autres entraînements, pour le plaisir).

En Haïti, la ponctualité se retrouve seulement dans le fait qu’on n’est jamais en retard (pas qu’on arrive à l’heure, simplement que même si l’heure est dépassée de plus de 2h, on n’est toujours pas considéré en retard, aucun stress). Par contre, ça développe une certaine gymnastique horaire. Exemple, l’organisateur du semi-marathon qui arrive 1h30 en retard, assumant que les coureurs allaient eux-mêmes être en retard (alors que le coureur fait exception sur ce point, probablement que la discipline d’entraînement y apporte). Mais bon, pas de stress, on a toute la journée, puisque le départ de telle course est toujours tôt le matin. Pour éviter qu’il y ait trop de soleil. Le soleil de plomb haïtien. Rassurez-vous, ils ont bien pensé à mettre de nombreux point d’eau, puisque c’est essentiel en Haïti, l’eau, même si on ne coure pas.

Et le nombre de participants, s’il vous apparaît faible en comparaison à des villes comme Montréal (15 000 coureurs) ou New York (45 000), s’explique par un aspect culturel haïten : lorsqu’on a tellement peu de ressource, on ne peut pas se permettre d’essayer, on ne tente que ce qu’on est presque certain de réussir. Je ne m’étendrai pas sur l’impact de cette mentalité sur le développement d’un pays, mais pour une course, ça veut dire que tous les haïtiens qui se sont inscrits pensaient avoir une chance de gagner (alors qu’ailleurs, la vaste majorité des coureurs se donne un objectif personnel, soit au chronomètre, soit de simplement finir la course). Alors désolé d’avoir déçu tous mes amis et collègues ici qui après la course me demandaient si j’avais gagné, mais moi j’ai eu du fun, c’est ça mon objectif personnel. Have fun, 10 juin 2013, à suivre.

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L’éducation haïtienne

Même si le retour en classe est la dernière choses que les étudiants pensent en ce moment avec l’arrivée des grand vacances, je me permet un petit retour des textes purement subjectifs de types « Réflexions », justement sur le thème de l’éducation en Haïti (rassurez-vous, je serai large et laisserai de la place aux vacances).

Comme dans de nombreux autres pays  (les endroits comme la France et le Canada sont plus l’exception si ont considère tous les pays du monde), l’éducation en Haïti est en vaste majorité privée. C’est-à-dire que les parents/étudiants doivent assurer la totalité des frais pour aller à l’école et que les écoles sont de petites entreprises (à but lucratif donc). Et on parle ici d’à partir de la maternelle, pas seulement d’université. La conséquence est qu’il y a beaucoup de mini-écoles, autant primaires que professionnelles. Et même de mini-universités toutes mignonnes. J’ai justement l’autre jour vu l’Université Concordia à Port-au-Prince, et certains d’entre vous ont des propriétés plus vastes que cette “université”. Et là, je ne connais pas de milliardaires dans mes amis, je parle que si vous avez un assez grand salon-salle à manger, ça c’est le grand auditorium à Concordia PaP.

Certaines écoles sont gérées par des ONG, organismes religieux, gouvernements étrangers Canada/États-Unis/France et autres, ce qui permet, en raison de l’apport de financement externe, d’avoir généralement une bonne qualité d’enseignement. Il y a aussi bien sûr quelques écoles publiques et universités d’État, qui ont des gradués de qualité en raison du grand nombre de personnes qui appliquent (gratuité scolaire), ce qui permet d’avoir des critères d’admission  sévères et donc une bonne qualité d’élève en moyenne. Mais n’allez pas penser que le Ministère de l’éducation haïtien se tourne les pouces dans tout cela, ils font un excellent travail, notamment pour préparer les programmes des différentes professions et l’élaboration d’examens communs à tous (ce qui permet un niveau minimum de graduation, à partir des deux dernières années de l’école secondaires et les formations post-secondaires). Encore là par contre, avoir un bon programme ne garantie pas une bonne éducation, surtout lorsqu’une portion significative des écoles ne sont pas reconnues par le Ministère (et comme ces écoles offres des prix alléchants, je vous laisse deviner la décision de quelque qui peine à trouver assez d’argent pour se loger et se nourrir). Cela a aussi comme impact que beaucoup de gens échouent les examens du Ministère lorsque la qualité de l’école n’est pas au niveau, et donc doivent reprendre 2, 3 voire 5 fois leur année dans le pire des cas que j’en entendu (et payer à chaque fois), je vous laisse deviner l’impact sur le décrochage scolaire. Mais bon, calmons-nous, oui les impulsifs diront que c’est déplorable, mais il y a 20 ans les gens ne savaient pas lire dans le pays, alors au contraire, la situation actuelle est excellente en comparaison.

Bon, je disais à partir de la maternelle tout à l’heure, mais ici, “l’école” commence à 2 ans, alors attention quand quelqu’un vous dit combien d’année il est allé à l’école. Il y a un avantage majeur à commencer si jeune dans le contexte haïtien,ça j’y reviendrai, mais c’est par contre un fardeau financier pour bien des parents. Je ne me prononce pas à savoir si les enfants de cet âge profite d’un enseignement dans une salle de classe (si certains d’entre vous ont de l’expérience dans le domaine, je serai curieux d’avoir votre avis). Le nom des écoles de 2-5 ans est kindergarten (anglais pour maternelle), mais je ne sais pas trop si c’est une mauvaise traduction qui a dérapé lorsque quelque anglophone aurait suggéré des garderies éducative pour les enfants en bas âge.

Mais assez parlé d’école, ce n’est pas tant le système d’éducation qui me préoccupe, par qu’il y a quand même eu d’énorme progrès dans les dernières années, mais c’est surtout l’éducation à la maison qui a certaines lacunes qui me semblent importantes (c’est simplement mon avis, ne le prenez pas pour un fait). Les parents qui n’ont eux-mêmes pas d’éducation, ou qui, étant pauvres et donc souvent opprimés d’une manière ou d’une autre, n’ont jamais eu la chance d’être eux-même valorisés. Au-delà des connaissances scolaires, les enfants n’ont donc pas l’occasion de développer des compétences et les valeurs qui permettent d’améliorer son sort et celui du pays tout entier, que ce soit l’esprit d’initiative, le respect d’autrui (l’écoute, la gestion des conflits), les saines habitudes de vie (manger des aliments nutritifs, faire du sport), la valorisation du travail (pas seulement le salaire, mais pour son propre développement personnel). Au contraire, la plupart du temps, on demande aux enfants de rester à la maison à ne rien faire, parce que la plupart des activités demandent des efforts ou de l’argent (deux choses dont les parents manquent). Et si vous jugez les parents paresseux, je me permettrai de vous proposez de ne manger que du riz durant une semaine, et on verra si vous avez envie de faire des efforts.

Encore là, je ne le reproche donc pas aux parents, qui ont vécu une époque de dictature où on risquait sa vie à marcher dans la rue, ça forge le caractère (mais pas dans le bon sens). Je mentionne cela simplement pour illustrer qu’un changement social prend une ou deux générations, et que l’éducation n’est pas seulement d’aller à l’école (c’est essentiel, je serai le premier à prôner les bienfaits de l’école), mais surtout à la maison, parce qu’avant tout, les enfants vont, comme premier réflexe, faire comme leur parents. D’où le fait que je mentionnais plus tôt que ce n’était peut-être pas une si mauvaise idée de commencer l’école à 2 ans dans ce contexte, le temps que la prochaine génération ait une approche éducative à la maison.

Et c’est dans une certain mesure le même phénomène dans le système d’éducation, encore faut-il avoir la connaissance pour pouvoir la transmettre. Même alors que le nombre de personnes scolarisées augmente (et c’est très positif, ça je ne le déments pas), la pays a 15-30 ans de retard à la majorité des domaines que j’ai rencontré. Cela ne pose pas de problème dans un cours de français ou de philosophie, mais c’est problématique pour un cours d’informatique, de médecine, de sciences sociales ou d’économie (développement d’entreprise). On peut étudier de nombreuses années pour apprendre, si ce sont des notions vieilles de 20 ans, on ne pourra jamais atteindre un niveau de pointe. Les professeurs sont compétents (au niveau pédagogique) et dévoués, je les ai en haute estime, mais j’ai l’impression qu’il ne sont simplement pas à jour dans les connaissances techniques (parce qu’il n’y a pas de professeurs pour leur montrer, justement).

Enfin bref, tout ça pour dire que l’éducation, c’est l’un des piliers d’une société en santé, et que comme la liberté, c’est seulement lorsqu’on ne l’a pas qu’on réalise son importance. Et qu’il faut une vie pour apprendre ce qu’on peut transmettre à son enfant en 5 ans, qui pourra lui-même en apprendre plus. Au fond, c’est ça l’école, on résume en un cours l’essence de ce qu’un scientifique ou un philosophe a passer toute une vie à découvrir. Et c’est ce qui nous permet d’être bien meilleur d’une génération à l’autre. Alors si vous prenez le temps aujourd’hui de montrer à quelqu’un une chose qui vous a pris beaucoup de temps à découvrir, vous aurez fait progresser l’humanité. 8 juin 2013, à suivre.

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Les carrefours giratoires en Haïti

C’est plutôt récent pour les gens du Québec, mais les Français en ont déjà l’habitude. Un carrefour giratoire, en gros, permet d’avoir une intersection sans avoir à arrêter (bon, ralentir un peu, sans être requis, est tout de même plus confortable), ce qui permet d’avoir un circulation plus fluide. Bon, Paris à l’heure de pointe, vous allez dire que c’est assez large comme concept de fluidité, mais là, l’heure de pointe c’est tout le monde à l’arrêt, alors la forme de la route n’y est pour rien, il ne faut pas reprocher ça au carrefour giratoire.

En Haïti, à Port-au-Prince surtout, c’est très répandu les carrefours giratoires. Et puis, c’est bien pensé, considérant le doute sur l’efficacité des feux de circulation dans un contexte où on manque d’électricité un jour sur deux (j’exagère, mais c’est pour l’image). En plus, les carrefour sont d’excellents points de repère dans un contexte où il n’y a ni nom de rue ni adresse. C’est aussi un bon point de base pour l’identification des lignes “d’autobus” et permet de transférer sur d’autres destinations.

Sur le même thème, il y a un concept qu’on apprend lorsqu’on est jeune : le chemin le plus direct entre deux point est la ligne droite. Mais finalement, faites attention lorsque vous enseignez cela à vos enfants. Il ne faut pas abuser sur la mise en application de cette prémisse. Parce qu’un carrefour giratoire, c’est conçu pour que tout le monde tourne en sens horaire (excluant l’Angleterre, le Japon et autres qui roulent à gauche) et sorte à droite dans la direction où on veut aller. En Haïti par contre, on recherche toujours l’efficacité : la ligne droite. Alors il y des voitures qui virent à gauche, des camions lourds qui traverse direct le carrefour en sens inverse, et plusieurs autres trajets “exotiques”.

Si vous voulez explorer toute les possibilités, tracez un point (représentant le carrefour giratoire) sur un feuille de papier, fermez les yeux, faites 3 tours sur vous-même, et tracez une ligne sur le papier (les yeux fermés toujours). Il y a assurément une voiture qui suit votre tracé en Haïti. Mais rassurez-vous, l’usage du klaxon est très efficace ici, et il n’y a (presque) jamais d’accident. 30 mai 2013, à suivre.

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Prendre l’autobus

Vous m’avez déjà vu utiliser le terme autobus en Haïti, mais toujours encadré de subtiles guillemets. Je me permets d’écrire un court texte pour élaborer sur le sens de cette sympathique ponctuation.

Un autobus comme on en trouve dans la majorité des villes et écoles du Québec coûte très cher, environ 10 fois le prix d’une automobile. Alors, c’est certain que personne ne pourrait se payer cela. Alors on pensera bien sûr que c’est la municipalité qui doit s’en occuper. Ce serait logique, sauf qu’en Haïti, les villes n’ont pas de revenus (peu ou pas de taxes). Et en plus, trop peu de gens auraient les moyens de se payer un billet à 2 dollars.

Le Haïtien à côté de moi vous dit de ne pas vous inquiéter, il a une solution. On rassemble 2-3 mecs qui ont un pick-up, qui feront des allez-retours sur les routes principales et embarquent les gens (2 dans la cabine, 10-15 à l’arrière), et le chauffeur garde l’argent pour payer ses dépenses. Mais attention, on ne se fout pas de vous, on vous installe un petit toit (ceux qui sont faits pour aller sur la boîte du camion, qu’on sur-élève de 30-40 cm pour laisser assez d’espace s’asseoir confortablement), et justement pour s’asseoir, deux longs bancs, l’un de chaque côté (avec même une petite rallonge qui dépasse à l’arrière pour augmenter la “densité populaire”. Ajouter des poignées pour les 2-3 mecs debout sur le pare-choc arrière.

J’adore, c’est hyper créatif, efficace et ça ne nécessite pas de compétences particulières pour les conduire et faire les réparations mécaniques. Parce qu’on parle quand même en moyenne de 15 ans d’âge par véhicule, alors oui ça brise souvent (rappelez-vous qu’une moyenne suppose qu’il y a des valeurs au-dessus). Et la roue de secours est une roue normale, parce que ça permet de continuer à rouler tout de suite. En plus, le fait d’avoir des véhicules de petit gabarit permet un service plus personnalisé, on peut embarquer (avec un petit signe de la main) et débarquer (en disant joyeusement “mesi”) absolument n’importe où. Et la fréquence est excellente, jamais plus de 2 minutes (quoique certains voudront attendre la suivante si la seule place restante est sur le pare-choc).

Le terme officiel pour ces camionettes-autobus est “tap-tap” (on peut aussi dire simplement “kamyonèt” ou “machìn”). Ça ne veut rien dire comme mot, mais on dirait que la sonorité donne tout de suite une image de comment on se sent lorsqu’on fait l’expérience de les utiliser. Mais ce confort relatif a le mérite essentiel de permettre un prix accessible au Haïtien moyen, variable selon la distance, mais typiquement dans les 12 à 25 cents (5-10 gourdes haïtiennes). Alors ceux qui regrettent de ne pas avoir de passe mensuelle, je vais vous en préparer une pour 50$ sans problème (qui consistera à 100 billets de 10 goud).

Par contre, ne cherchez pas de trajets et horaire sur internet, ce système cible justement ceux qui n’ont absolument pas les moyens de se payer l’internet. Mais c’est simple, s’il y a de l’asphalte sur la route, vous pourrez trouvez un tap-tap. Et puis, c’est tellement plus agréable de pratiquer son créole en posant la question où prendre “l’autobus”. 24 mai, à suivre.

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La galanterie

Sur certains points, je mène ma vie comme à une autre époque. J’aime bien apprendre à faire du fromage ou du pain à la main comme il y a 60 ans, j’aime bien la philosophie de ténacité et d’intégrité des samouraïs du moyen-âge, et je me plais à appliquer certains principes de galanterie du 17e siècle qui ne sont plus très applicables dans la société contemporaine, du genre ouvrir la porte à une demoiselle, porter ses paquets ou offrir son manteau. Mais, la majorité du temps, la gente féminine québécoise n’est pas d’accord avec ses pratiques, affirmant pouvoir porter ses choses elle-même ou ne pas avoir besoin qu’on lui cède sa place dans l’autobus.

En Haïti aussi, la galanterie se vie comme à une autre époque, mais à l’inverse. Porter le sac de l’être aimé, faire les travaux d’entretien du jardin, tenir sa veste lorsqu’on arrive à la maison, tout cela se fait beaucoup en Haïti, sauf que c’est la femme qui fait cela pour l’homme. Parce que en Haïti, l’autre époque concernée n’est pas celle ou un homme posait sa veste dans une flaque d’eau pour faire passer une dame, mais plutôt de l’époque où la femme est au service de l’homme. Mais rassurons tout de suite d’éventuel(les) outragé(ées), cela se fait quand même dans un respect de la femme, c’est en quelque sorte un genre de galanterie des femmes envers les hommes.

Alors peut-être que cela n’a pas de sens pour vous, que c’est plus logique que l’homme porte les paquets pour une femme, puisqu’il est naturellement plus musclé. D’accord, mais c’est aussi une question d’entraînement. Porter une charge de 20kg sur quelques km, je vous le confirme, même un homme de ma taille se permet d’en transpirer un coup. Alors là femme haïtienne qui s’y entraîne depuis 20 ans a effectivement plus d’endurance qu’un homme moyen (je vous rassure, pour les tâches plus “intense” comme décharger des sacs de ciments d’un camion, là ce sont des hommes qui le font). D’ailleurs, ça m’a fait bien rire lorsque j’ai voulu fait l’éloge d’une amie sur son ardeur au travail en disant que de laver le linge à la main était très  fatigant et que même quelqu’un comme moi commençait à fatiguer en ayant même pas encore fait la moitié. Sur ce de me faire répondre: “Rappelle-toi, tu es un homme, même 30 minutes pourraient t’épuiser”. C’était bien sûr dire gentiment, mais le ton d’un naturel déconcertant m’a quand même chatouillé, et m’a fait mieux comprendre la réaction de certaines demoiselles s’offusquant que je veuille porter leur sac chez nous.

Alors on n’ouvre pas la porte aux femmes en Haïti. Sauf si elle a du pognon. Là, c’est autre chose, ce sera la galanterie poussée à l’extrême, tout pour le plaisir et le bien-être de la dame, à votre service. Mais bon, je ne sais pas trop si on peut parler de galanterie, parce que c’est pareil si c’est un homme qui a une bourse bien remplie. 15 mai 2013, à suivre. Have fun.

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Forces de l’ordre

J’entends souvent des critiques contre les policiers au niveau des contraventions, comme quoi ils n’en donnent pas assez, qu’ils devraient se forcer plus pour donner plus d’amendes à ceux qui ne respecte pas le code de la route. Oui, vous avez bien lu, vous n’avez pas louper une double négation. Parce que c’est cela que j’entends, en Haiti.  Ici, on leur reproche de ne pas faire le contrôle du code de la route. Mais bon, c’est certain qu’il y a matière, lorsque dans un embouteillage, il y a des gens qui tentent de dépasser par la voie en sens inverse et y restent pris parce qu’il n’y pas de place pour réintégrer leur voie, causant ainsi un embouteillage dans l’autre sens. Fait cocasse, si au même moment vous avez un mec dans l’autre sens aussi qui tente cela un peu plus bas sur la route, vous avez une situation miroir où la cause de l’embouteillage est l’embouteillage lui-même. Une situation à l’équilibre en deux force égales et opposées, un genre de yin yang haïtien.

Enfin, ça c’est pour les moins créatifs, parce que vous avez ceux qui dépassent par la droite en roulant à moitié sur le trottoir, et ceux, plus subtils, qui dépassent aussi en roulant sur le trottoir, mais celui de la voie en sens inverse. Je vous laisse imaginer le résultat de 4 voies bloquées sur une route à une voie.

Il y a aussi au niveau de émissions polluante que les gens demandent plus de contraventions. Pourtant, 1L au 100km est excellent comme consommation d’essence. D’essence, oui, mais pas d’huile à moteur. Par contre, pour les excès de vitesse, c’est sous contrôle, même s’il n’y a aucun panneau de limite de vitesse : la qualité des routes se charge de la définir. Chez nous aussi, semble-t-il, on a de quoi se plaindre des contraventions, je ne me souviens plus pourquoi.

Alors oui, il manque de policiers. Certains qui ont entendu de loin la situation dans plusieurs pays savent que là où les gouvernement sortent de période plus instables (dictature ou coups d’état, quoique dans le cas de la dictature, si on fait preuve de sévérité sémantique, c’est très stable, le président ne change pas quoi qu’il fasse), il y a souvent des problèmes de corruption, que ce soit de donner quelques dollars à un policier pour s’éviter une contravention ou jusqu’à payer douaniers et polices fédérales pour du commerce de coke (sans majuscule) ou d’autres produits exotiques. La meilleure solution pour éviter cela est de donner de très bons salaires aux policiers, ce qui dans un pays comme Haïti où il est très difficile de se trouver un emploi, a le bon résultat que les policiers deviennent plus résistants à la corruption, car la peur de perdre un excellent emploi renforce la vertu. 

Par contre, justement dans les pays comme Haïti, les villes et le gouvernement ne sont pas très riches, alors il ne sont pas en mesure de bien payer beaucoup de policier. Et la solution choisie m’apparaît intéressante : on diminue le nombre de policier, comme cela on peut donner des salaires moyens plus élevés. Pourquoi je trouve cela sympathique (en réponse à d’éventuels lecteur outragés), est que, comme solution temporaire (et j’insiste sur ce mot), il est préférable d’avoir quelques bons policiers qui ne suffiront pas à la tâche que beaucoup de policier mal payés qui finissent par travailler pour ceux qu’ils doivent arrêter. Et ces policiers trop peu nombreux, dans 10 ans lorsque, espérons, le nombre d’effectifs augmentera tout en conservant des salaires “sécuritaires”, ce sont eux qui seront en postes de direction, alors autant s’assurer que la corruption ne leur soit pas habituelle dans leur expérience.

Et puis, la situation s’améliore, la présence policière impressionne bien (c’est certain que ça impressionne quand les voitures de police ici sont des camions pick-up avec 4-6 policiers, fusil d’assaut en main), héritage des années 1990 où on retrouvait chaque matin des gens tués par balle (moitié par des criminels, moitié pour des raisons “d’ennemis de l’état”, où le président Aristide adoptait la méthode d’une main de fer dans un gant de fer). Alors, maintenant c’est beaucoup mieux, les policiers sont honnêtes et on est en sécurité dans les rues, oui on peut se faire voler un peu de monnaie, mais c’est quand même un  amélioration palpable. Parce que ce n’est pas un acquis, que les policiers puisse s’appeler les forces de l’ordre. 12 mai, à suivre.

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Donner du crédit

La vaste majorité d’entre nous ne pourrait vivre sans cela. Et fondamentalement, ce n’est pas une mauvaise chose, le crédit. Avec modération, ça force les gens à “économiser”, dans le sens de se payer quelque chose qu’on ne peut obtenir avec un seul chèque de paie. Le terme économiser est peut-être un peu trop fort pour certains, mais le fait d’être obligé de rembourser ses dettes empêche de tout dépenser sa paie d’un coup. Bon, vous allez me dire que ce n’est pas économiser parce qu’au contraire on dépense sans avoir l’argent, mais si on n’abuse pas et que l’on achète des biens durables, tout se déroule bien. Encore là, vous pourrez dire que de nos jours presque tout le monde abuse, et sur ce dernier point, je n’aurai nul commentaire cinglant, puisque je suis tout à fait d’accord que c’est devenu un problème.

En Haiti, l’abus n’est pas un problème : le crédit est inexistant. Bon pas vraiment “inexistant”, mais c’est l’image que je veux projeter (lancez-moi des pierres si vous n’aimez pas mes affirmations volontairement fausses, mais pour ça, vous devez venir à moins de 10m de moi, soit en Haïti, où vous aurez l’occasion de saisir le sens de cette affirmation, donc je suis sauf). C’est-à-dire que vous avez droit à du crédit seulement si vous prouvez que vous avez la capacité de rembourser. Logique, direz-vous, mais cela signifie justement que 90%  des gens n’y ont pas accès, d’où mon affirmation. Mais même si presque personne n’a de carte de crédit (hormis les très riches), il y a quand même une tendance à faire des micro-prêts, par exemple pour ceux qui veulent se partir un petit commerce ou bien acheter des outils pour pouvoir concrétiser leur formation technique.

Par contre en Haïti, il y a un différent système pour économiser, et qui est très sympathique, parce que les gens “normaux” n’ont pas de compte en banque (beaucoup de gens en ont, mais ce sont plutôt des gens un peu plus aisé, l’équivalent de gagner 15 000$ par an chez nous. Oui, ça c’est être aisé en Haïti). alors si on économise, on garde l’argent dans un bas de laine (bon, il n’ont pas de bas de laine ici parce qu’il fait chaud, mais c’est pour l’expression, dans un coin de la maison bref).

Ce système, est que les gens se regroupent (environ 10 personnes) et donnent chaque jour un montant d’argent (disons 10$ chacun) à un responsable du groupe, et reçoivent une fois chaque dix jour un montant de 100$ (donné par tous les autres ce jour-là). Les petits calculateurs diront qu’il n’y a aucun gain à cela, et j’étais moi-même un peu perplexe de l’objectif derrière tout ça. La réponse qu’on m’a donnée est qu’avec 100$ on peut se payer ce qu’on aurait pas pu avec 10$. Et si on poursuit en disant qu’on peut faire ça tout seul, qu’on n’as qu’à mettre de côté 10$ soi-même chaque jour et on obtient 100$ au bout de 10 jours, c’est facile.

Mais ça c’est sans compter le fait que la culture haïtienne est celle du moment présent, que ce n’est pas naturel de posséder de l’argent et de ne pas le dépenser si on a besoin de quelque chose (et pour ceux qui aurait des reproches culturels à faire et que ce n’est pas une bonne pratique, la réponse exacte qu’on m’a donnée est “parce que les Haïtiens n’acceptent pas de conserver de l’argent chez eux s’ils n’ont rien mangé depuis 2 jours”, parce que j’écris besoin, c’est dans le sens survie du terme, pas dans le sens, j’ai besoin d’un nouvel écran 36 pouces. Très bien, maintenant vous pouvez faire vos reproches, si vous vous en souvenez).

Alors en somme, celui qui reçoit le 100$ le premier a accès à du crédit, et le dernier à accès à l’épargne. Sympathique, n’est-ce pas? 3 mai, à suivre.

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L’énergie en Haiti

Rassurez-vous, Haïti n’a pas de reproche à avoir au niveau de la consommation d’énergie. À part l’énergie de son propre corps (utilisée à son plein potentiel), ça montre que l’énergie coûte cher, et que même une petit facture d’électricité de 30$ n’est pas réaliste sur un budget mensuel de 50$. La priorité devient vite de manger.

Et donc, la principale source d’énergie utilisée est pour la cuisson de ces victuailles prioritaires. Comme l’électricité est très dispendieuse et que les infrastructures de gaz naturel n’existe pas (je pense qu’avec raison, pour commencer, les aqueducs et les égouts seraient un meilleur choix), ce qui est le plus utilisé est le propane, allant de cuisinière complète avec four jusqu’au petit réchaud “de camping” (vous constaterez que le mode de vie de bien des gens ici se rapproche plus du camping chez nous, avec une petite pièce en blocs de béton à la place de la tente). Il y a aussi le charbon de bois (obtenu en calcinant des branches d’arbre à feu doux) qui est très utilisé pour les plus pauvres, dans un genre de barbecue “pour enfant”, modèle réduit tout kyout de 30cm de diamètre de nos barbecues au charbon en demi-sphère.

Une fois que la cuisson est réglée, chez nous un besoin essentiel est le chauffage. Ici je vous rassure, pas d’inquiétude à ce niveau. Avec notre mode de vie, certains pourraient être tenté de dire que par contre, il faut de la climatisation. Oui, mais ici, cela s’exprime par le fait d’avoir un petit coin à l’ombre où s’asseoir l’après-midi et se détendre un peu. Je généralise trop par contre, il y a des endroits climatisés comme les rares tours à bureaux de compagnies étrangères ou d’État, et quelques commerces “pour riches”, comme les supermarchés ou les grands magasins, où la moyenne haïtienne ne pourrait s’acheter des choses que si les montants indiqués étaient en goud, soit 40 fois moins cher que le prix de vente, en dollars américains, pour le bon plaisir de ces gens “millionnaires”.

À ceux à qui il reste de l’argent, il y a le réseau d’électricité (Électricité  d’Haïti, EDH, nom calqué sur nos amis français, et équivalent d’Hydro-Québec), provenant de sources variables, principalement hydro-électriques et des centrales thermiques au diesel (visualisez une génératrice comme un moteur de gros camion, mais de la grosseur du camion entier. Par contre, il ne faut pas se surprendre de la fréquence ou la durée (de 2h jusqu’à 2 jours parfois) des pannes électriques, qui ne sont pas vraiment des pannes mais plutôt que le réseau n’arrive pas à fournir tout le monde. Le coût de l’électricité est environ quatre fois celle du Québec (30 cents par kWh pour les amateurs de chiffres), mais avec un tarif plus bas pour la consommation de base (200 kWh/mois pour les fanatiques de chiffres). Malgré tout, les factures sont généralement plus petites qu’au Québec (si vous voulez comprendre, n’utilisez pendant un mois qu’une seule ampoule et un réfrigérateur, et vous verrez que cela ne coûte pas cher lorsqu’on a pas d’eau chaude, pas de chauffage et, en gros, pas de quoi s’acheter des appareils électroniques). En plus, les pannes, ça a un avantage, ça ne consomme rien durant, ce qui baisse la facture. 

Presque tout le monde utilise des ampoules fluo-compactes (spirales), mais les ampoules de type LED, plus chères mais bien meilleures sont presque impossibles à trouver (le premier des deux qualificatifs faisant probablement office de frein avant même de regarder l’efficacité accrue). La seule utilisation est dans les petits systèmes de panneaux solaires indépendants pour les lampadaires routiers, parce que même si les panneaux coûtent une fortune, c’est moins dispendieux que de passer 1km de câbles électriques pour alimenter une route isolée. Ceux qui ont beaucoup de moyens ont un arrangement de batteries à la maison (visualisez 8-12 batteries de voitures branchées ensembles), avec un petit système qui les recharge lorsqu’on a le courant et qui alimente la maison lorsqu’il n’y en a pas.

En bref, une des solutions pour l’efficacité énergétique, c’est de ne rien consommer du tout. 1er mai, à suivre.

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Avoir faim

Ça m’arrivait souvent au Québec qu’on me demande si j’ai faim, soit parce que les gens sont habitués de me voir manger le triple d’un homme normal et se disent que je dois avoir très faim, ou bien parce que l’heure du repas approche et que la personne se demande si je préfère faire une pause maintenant pour manger un morceau. Je suis toujours embêté de répondre à cette question, et je finis toujours par dire un truc du style je n’ai jamais vraiment faim, mais j’ai toujours un peu faim. Dans le sens, parce que je mange comme quatre, justement, j’ai des réserves et l’urgence du prochain repas est amoindrie, et aussi que je n’ai pas de mal à manger plus tard ou même sauter un repas s’il y a beaucoup de boulot à terminer (mais bon, ce que je vais engouffrer au repas suivant pourrait presque suggérer d’avoir des airs de vengeance).

En Haïti, j’ai réalisé que l’expression québécoise “avoir faim” a en fait deux sens (et c’est dans l’esprit du créole, où les mots n’ont toujours qu’un seul sens), soit “avoir faim” et “avoir envie de manger”. Dans le contexte de pays comme les nôtres, la différence est subtile, mais je crois qu’il y a quelque chose de fondamentalement distinct entre les deux concepts. Pour illustrer le second sens, je crois que c’est un peu lorsqu’au Québec on demande à un invité s’il lui “reste de la place”, où là on veut justement nuancer et ne pas demander s’il a faim, mais plutôt s’il désire une potion d’un met additionnel, dessert ou d’une deuxième part d’un met particulièrement savoureux.

Le meilleur exemple qui me vient en tête est un enfant qui dit qu’il n’a plus faim lorsqu’il ne finit pas son assiette de navet, mais lorsqu’on laisse présager un gâteau triple chocolat, il n’a rien contre le fait de rester à table. Alors en fait, l’enfant est plus sage que nous dans son utilisation des termes. Il n’a plus faim, effectivement, mais il a encore envie de manger, suivant la nature de ladite mangeaille. Et bon, je ne veux pas m’empêtrer sur un sujet délicat, mais j’ai l’impression que c’est un point fondamental des problèmes d’embonpoint, cette confusion dans le double sens “d’avoir faim”, à savoir qu’il faut manger quand on a faim, et pas lorsqu’on a envie de manger (et comme les deux proviennent du même genre de sensation, c’est facile à confondre avec nos habitudes de vie).

En créole, avoir faim c’est “grangou”. C’est le premier mot que j’ai appris en créole. Bon, je vous laisse rigoler, mais c’est simplement qu’une amie m’avait appris 2-3 mots avant de partir, alors ce n’est même pas moi qui ai choisi. Il n’y a pas d’équivalent pour avoir envie de manger, je trouve que ça lui donne tout son sens. En fait, on dit renmen (aimer) quelque chose, et en Haïti si vous dites que vous aimez quelque chose, c’est que vous avez envie de le manger. Donc, si quelqu’un vous donne un choix entre de nombreux mets, et que vous répondez poliment que vous aimer tout cela, implicitement vous lui avez demandé de tout préparer. Alors vous aller dire, si les Haïtiens mangent tous ce qu’ils aiment, ils vont devenir gras comme des suisses, mais là c’est que vous supposez que comme chez nous l’aspect limitatif est la restriction volontaire de ne pas tout manger, et non pas le fait qu’il ne puissent pas se le payer.

Alors oui, en Haïti, même si la grande majorité mangent à leur faim, ça arrive quand même plus souvent que chez nous que les gens aient faim dans le vrai sens du terme. Et c’est même la manière de demander de l’argent de dire mwen grangou (prononcé “mouin”), littéralement “moi [avoir] faim”, les adjectifs n’ayant pas besoin de verbe d’état (mwen contan, ou janti, li bon; Je [suis] content, tu [es] gentille, cela [est] bon). Bon, plusieurs Haïtiens ont comme moi appris ça comme premier mot dans une autre langue et peuvent vous dire un “j’ai faim” ou “I’m hungry”, pensant que ça augmentera leur chance de recevoir quelques piécettes étrangères. Et sur une note rassurante, si beaucoup de gens que vous croisez en Haïti glissent l’index sur leur gorge, ce n’est pas que tout le monde veut vous trancher la tête, c’est la manière de dire qu’ils sont affamés (“pris à la gorge”, voulant laisser entendre de ne pas être certain de se rendre à leur prochain respiration, que le besoin est criant). Mais bon, comme ça vous arrivera environ 50 fois par jour si vous vous déplacez à pied, donnez un dollar à chacun, même si c’est peu, vous demandera dans les 1000$ chaque mois, ce qui est difficile à tenir sans salaire. Alors, plutôt que de baisser les yeux, il suffit de dire bonjour et de sourire, voire pratiquer un peu votre créole, et si possible ajouter à vos emplettes quelques bonbon sèl à donner, qui malgré leur nom n’ont rien d’un bonbon, mais ce sont des biscottes salées très populaires, entre un “biscuit soda” et un “Ritz” (ça ressemble beaucoup à ce que j’avais comme collation était enfant, mais sans le petit contenant de beurre d’arachide ou de fromage jaune rattaché)

Alors ce que je me rends compte, c’est qu’en fait, je n’avais presque jamais eu faim, je n’avais eu qu’envie de de manger, parce que je mangeais toujours avant d’avoir réellement faim. Je l’ai réalisé parce qu’en Haïti, il m’est arrivé d’avoir faim. Pas parce que je manque de nourriture, rassurez-vous: j’engouffre 3 bols de riz géants chaque midi et plein d’autres denrées, mais simplement parce que passer la journée au soleil, avec 10km de marche ou de course dans les pattes et transporter des bidons d’eau en gougounes, ça donne faim. Have fun, et bòn apeti et. 27 avril 2013, à suivre.

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La sécurité

La sécurité effraie souvent le voyageur occasionnel, quel que soit le pays où il se rend. C’est un peu comme si celui qui se fait voler sa voiture ou son vélo en avant de chez lui n’a pas peur, mais quand il risque de se faire voler sa serviette de plage à 10$ dans les Bahamas, il devient nerveux. Peut-être puisque le voleur est un gars de chez nous, la fibre patriotique nous rassure. Alors oui, la sécurité a son importance, mais il faut se rappeler que partout dans le monde sans distinction de culture, si vous suspendez une liasse de billets de 100$ à votre cou en vous promenant seul dans les rues sombres à 2h du matin, oui, d’accord, vous vous exposez à un certain risque pour votre sécurité.

Donc, en Haïti, c’est pareil, il faut faire attention. À la limite, il y a une petite différence ici au niveau des capacités cognitives plus avancées liées à l’imagination. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup de gens qui peuvent s’imaginer distinctement la liasse de billets de banque sous votre chemise, qu’elle y soit ou pas. Ce qui est drôle, c’est que ce sont surtout les Haïtiens qui ont peur de se faire attaquer, ils voient des malfrats partout. Mais bon, pour un peuple qui sort d’une dictature il y a à peine 30 ans, ça laisse des réflexes qui s’ils ne sont plus d’actualité, étaient nécessaires à la survie dans la belle époque des présidents Duvaliers (père et fils, “élus” à vie, 1957-1986), et les 18 coups d’états (compte approximatif) qui se sont succédé jusqu’en 1994 ont gardé le ton.

Et puis, comme partout dans le monde et particulièrement ici, c’est la circulation routière qui est plus à craindre que les attaques à main armée. Parce que les routes étroites et les virages à 90 degrés avec un mur de 12 pieds sur la courbe intérieure, oui il y a un certain risque. En tout temps, il faut être à l’affut et regarder dans toutes les directions (et là, le terme est choisi avec précaution, je ne parle pas dans les deux “sens” du traffic, je parle aussi des directions perpendiculaires à la route, par exemple un mec qui veut soudainement faire un u-turn (180 degrés) dans une route d’à peine 4 mètres de large, on parle plus d’un virage en “M”, voire même divers autres représentants de l’alphabet. Et encore plus le soir, parce que comme les routes sont plus libres, les gens roulent plus vite.

Question de se promener “tard”, ça il y a une petite différence ici. Jusqu’à 8h, il y a plein de monde, aucun problème, mais après cela, il faut faire attention. Pas tant au niveau d’éventuels larcins (qui restent possibles, je ne dis pas d’abaisser votre vigilance), mais simplement qu’il y peu (très peu/pas du tout) d’éclairage dans les rues, alors on n’y voit pas grand chose (remarquez, le ciel étoilé en es magnifique). Dans mon cas c’est une légère foulure à la cheville qui me l’a apprise, alors que, pour rentrer chez moi, je joggais dans le noir complet sur une route pavée (dans le fait qu’il soit au passé, le participe utilisé ici prend tout sont sens). Alors oui, la sécurité peut prendre des formes très diverse.

Et si vous avez désormais peur de vous faire voler votre vélo, relisez le texte s’il-vous-plait, à l’envers cette fois. Have fun, 23 avril, à suivre.

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Pour boire

J’ai remarqué qu’en Haïti, le terme pourboire reprend son origine, avec une petite touche locale. Cet aspect local, c’est qu’ici, la première chose qu’on risque de faire si on se fait donner un peu de monnaie, c’est d’aller boire, de l’eau. Là, je suis d’accord, l’eau en bouteille n’est pas un modèle à suivre, parce que ça génère beaucoup de déchets plastiques. Ça, c’est sans compter la version haïtienne : le “sachè dlo” : une portion d’eau (dans les 300-400mL) dans une pellicule plastique (similaire au plastique d’un sac à pain tranché), scellé de tous les côtés, qui coûte 2 goud (~5 cents). Il suffit de le percer avec les dents et d’aspirer par le trou, ou de le presser et de se la jouer “gourde de joueur de hockey”. Ça prend environ 25 fois moins de plastique que l’équivalent bouteille, et puis, une bouteille, ça coûte cher (25 goud ~ 60 cents).

Au niveau du pourboire, ce n’est pas une habitude ici, alors vous ne passerai pas pour un radin si vous n’en donner pas, mais c’est toujours apprécié bien sûr (pourquoi ne le serait-il pas). Au point qu’on va souvent vous demander un pourboire même si vous n’avez rien eu en échange. Par contre, si on vous offre de porter votre sac (pas votre sac à main, ça c’est un autre genre de service) ou si on vous guide dans les rues, on risque de s’attendre à un petit pourboire. Mais, dans l’absolu, c’est parce qu’il n’a pas d’emploi, le mec, alors c’est plus un salaire qu’un pourboire, simplement qu’il risque d’utiliser son salaire pour boire un petit peu d’eau fraîche ou autre rafraîchissement.

Parce que pour boire, il y a bien sûr toute une variété de rafraichissement. Parmi les plus populaire, et ça me mystifie toujours, il y a les boissons gazeuses, servies bien froides et dans toutes les sortes que vous voudrez. Je ne sais pas qui est le mec qui a inventé ça, les boissons gazeuses, mais il avait perçu un aspect du goût humain de manière incroyable. Tout le monde adore ça, au point d’en acheter une bouteille (seul format : 500mL, en plastique mais aussi souvent “old school”, en verre réutilisable), même s’il n’a pas grand chose à manger. On en trouve de tous les côtés, incluant à la fenêtre de votre voiture, aux feux rouges ou dans un “éventuel” embouteillage (blokus, en créole)

Ensuite, vous avez le jus, mais c’est très dispendieux, au point que c’est moins cher d’acheter des oranges et de se faire sont jus soi-même. Ou encore de demander à quelqu’un dans la rue qui a un petit kiosque mobile à cet effet. Et vous avez le jus de canne à sucre, version locale de l’eau d’érable, mais contrairement au Brésil, où on passe la branche de canne à sucre dans un genre d’essoreuse pour le servir dans un verre, ici on vous donne la branche directement, à machouiller. Mais bien préparée, attention, avec l’écorce délicatement pelée à la machette et dans un petit sac plastique qui évite de se salir les doigts (et vous laisser le choix, si vous voulez partager votre collation avec les mouches ou non).

Bon, il ne faut pas se leurrer non plus, il y a bien sûr de quoi trinquer. Le rhum, évidemment, comme partout dans les Caraïbes, qui a un aspect social intéressant, où tous les amis se prennent une gorgée (pour les dédaigneux, rassurez-vous, de l’alcool à 45% n’est pas un véhicule propice aux germes) dans une petite bouteille de 175ml ainsi partagée, coûtant l’équivalent 1$ et vendue sur la rue. La première fois que j’y ai goûté, était entassés à 12 hommes dans une boîte de camion “pick-up” après une grosse journée de travail (ce qui avait l’avantage de séparer du rhum du chauffeur jusqu’à l’arrivée). Ils ont aussi une bière de Port-au-Prince, du joli nom Prestige, qui est disponible au Québec et à chaque coin de rue en Haïti (même entre les coins de rues).

Alors à boire, aubergiste! (bon, ça ce serait plutôt s’il y avait des auberges, ce qui n’est pas le cas, mais comme ici tout le monde prétend savoir tout faire, on peut assumer que tous peuvent faire office d’aubergiste).  11 avril, à suivre.

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Gardez la monnaie

La monnaie en Haïti est la la “goud” (en français ce serait gourde, mais je trouve ça bizarre comme mot pour une monnaie, et je trouve la version kreyol beaucoup plus sympathique). Elle vaut environ deux cents et demi (~1,50 centimes d’euro), ce qui en fait pour un canadien 1$ donne 40 goud. Le dollar américain peut être utilisé directement pour acheter avec un taux de change raisonnable (42 goud actuellement), mais comme la majorité du temps le prix n’est pas indiqué et n’est pas “fixe”, payer en dollars américains peut vous coûter plus cher chez les marchands de rue ou bien dans les petites boutiques, parce que ça donne l’impression que vous êtes très riche. Contrairement aux gros magasins, où les prix sont fixés et où ils n’essaieront pas de vous vendre plus cher s’ils supposent que vous n’avez aucun idée de combien c’est sensé coûter.

Les dollars canadiens et les euros sont faciles à échanger un peu partout dans des petits bureaux de change (si la personne au guichet est en train de laver du linge ou si l’endroit fait aussi office de quincaillerie, rassurez-vous c’est tout à fait plausible). Il y avait des centimes de goud avant, mais ce n’est plus utilisé (comprenez qu’il faut 40 centimes pour la valeur d’un cent canadien).

Il y a aussi une valeur monétaire “fictive” : le dollar haïtien, qui correspond exactement à 5 goud. C’est simplement une manière de dire la valeur des choses, ce n’est une monnaie en soi (il y a pas de billets de dollar haïtien), c’est-à-dire que si on vous demande 5$ haïtiens, vous   donnez un billet de 25 goud. Concrètement, ça signifie seulement que la plupart des prix sont par incrément de 5 goud. Remplir un gallon (3.78L) d’eau potable pour boire coûte 5 goud, prendre l’autobus coûte généralement 10 goud, deux petits pains coûtent 15 goud, une brique en béton coût 20 goud, un paquet de 300g de spaghetti coûte 25 goud (~60 cents canadiens).

C’est un peu comme si, dans la culture haïtienne, traiter avec des pièces de 1 goud, c’est d’aller beaucoup trop dans le détail (si ça coûte 8 goud, on ne vous rendra pas la monnaie sur votre 10 goud, et si ça coûte 16 goud, on vous rendra la monnaie pour 15 goud). Ça m’est déjà arrivé dans un supermarché de recevoir, pour 254 goud de monnaie, un billet de 250 goud et une poignée de bonbons (valant 1 goud l’unité). J’adore.

Bon, ça commence à faire un peu trop de chiffres mon histoire, et je me perds un peu moi-même par rapport au but de mon petit texte : obtenir de la monnaie (des petites coupures) est une épreuve, un genre de défi. Parce que personne n’a jamais de la monnaie (bon, parfois c’est une astuce pour vendre plus, mais en général c’est que réellement ils n’ont pas de monnaie). Les billets obtenus à la banque sont de 1000 goud (~25$ canadien), et c’est à peu près impossible de payer avec ça, sauf lorsqu’on achète pour plus de 200-300 goud (alors que les achats courants sont plutôt dans les 25-100 goud). Cependant, un trait très intéressant des marchands est qu’ils ne sont pas on compétition mais plutôt en entraide : on n’hésitera pas à vous envoyer chez le voisin si on ne possède pas ce que vous cherchez, et j’ai souvent vu les femmes au marché réussir à passer leur billet (singulier intentionnel) de 1000 goud en achetant à 3-4 vendeuses différentes en même temps pour totaliser une valeur raisonnable.

Certains diront par contre que la moindre des choses pour un vendeur est d’obtenir de la monnaie avant de vendre, et je suis tout à fait d’accord. Cela prend cependant pour acquis que ledit vendeur (ou vendeuse), possède de l’argent avant de commencer à vendre. Et en quelque sorte, ça demande d’anticiper le problème avant qu’il ne se produise, ce qui est généralement bon, tant qu’on ne va pas à l’extrême et à toujours voir les problèmes qui peuvent arriver et à vivre constamment stressé ou à s’empêcher d’agir. Les Haïtiens, eux, ont choisi l’autre extrême.

Alors quand quelqu’un me demande l’aumône, ça me fait toujours plaisir de donner un petit quelque chose; en fait la seule chose qui me coûte est de devoir me défaire d’une petite coupure de monnaie durement obtenue. Solution : acheter plus de trucs que ce qu’on a besoin pour soi, ce qui facilite l’utilisation de grosses coupures, et donner direct à manger (un simple rouleau de papier de toilette à 30 goud est un très joli cadeau, ici) plutôt que de l’argent, ce qui évite qu’un mec qui prétend crever de faim aille manger dans un cinq étoiles avec votre argent. 7 avril 2013, à suivre.

PS: Ce n’est pas une montagne d’erreurs grammaticales que j’ai commises en ne mettant pas goud au pluriel, c’est justement que le pluriel, ça n’existe pas en créole.

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La poussière

Chez nous, la poussière s’accumule sur les meubles si on est négligeant durant quelques semaines, ou bien sous une bibliothèque jusqu’au prochain déménagement, ou peut-être dans le coin atelier d’un sous-sol familial. En Haïti, la poussière ne s’accumule pas; elle existe, omniprésente. Et sa composition diffère aussi : ici, la meilleur description serait “farine de roche”, une fine poussière provenant certes des nombreuses constructions résidentielles, mais surtout des surfaces exposées au chaud soleil et dont le sol rocailleux ne permet pas à la végétation de pousser suffisamment pour tenir en laisse le sable (aussi fin que de la farine) qui est mélangé au sol.

Et elle se retrouve bien sûr partout dans la maison, malgré un balayage quotidien par Michel. Parce que, quand on est chanceux, on a des moustiquaires devant les fenêtres, pour éviter d’entendre le menaçant (pourtant venant d’une si petite créature)  bourdonnement annonciateur d’éventuelles piqûres nocturnes. Cependant, la poussière ne se laissera nullement impressionnée par cette pathétique tentative de s’isoler du monde extérieur. Bien sûr, on peut fermer les vitres des fenêtres (à supposer qu’on en a), chose qui paraît d’ailleurs naturelle pour un mois d’avril (comme le diction : en avril, ne découvre pas ta maison de ses fenêtres). À l’exception du fait que le mois d’avril, en Haïti, est aussi chaud que le reste de l’année (30C), mais qu’il fait beaucoup plus humide, avec l’arrivée de la saison des pluies en mai. Alors oui, vous pouvez fermer la fenêtre, ça évitera que la poussière entre.

Et par grand vent, le phénomène devient absolument phénoménal, on peut laisser un tracé avec son doigt dans la poussière une heure à peine après avoir passé balai et chiffon. Et on ne peut rien y faire : une québécoise qui vit dans la même maison que moi riait d’ailleurs, amicalement mais amplement, de ma vaine tentative de balayer le plancher de l’entrée de la maison cet après-midi, où à chaque coup de balai poussait la poussière 1,5 mètre vers la porte, et le vent repoussait ladite poussière 1 à 2 mètres dans l’autre sens. C’est un peu comme creuser un trou en jetant la terre à purement à la verticale (remarquez, je ne déconseille pas cette pratique, c’est excellent pour la forme).

Ça m’a aussi fait remarquer, dans certains secteurs en construction, la poussière portée par le vent dans l’air contient un peu de ciment, ce qui m’a appris que, dans l’absolu, la salive mélangée au ciment pourrait éventuellement servir pour fabriquer du béton (mais bon, c’est bien, ça encourage à se brosser les dents plusieurs fois par jour). D’autre part, le chaud soleil dont je parlais tout à l’heure requiert, en l’absence d’ombre, de crème solaire FPS 15 ou 30, voire 60 pour les peaux sensibles. Moi quand je cours l’après-midi, j’ai une protection FPS 1000 : un fine couche de sueur sert de base pour fixer la poussière ambiante uniformément sur la peau exposée, on dirait même qu’on a beaucoup bronzé très rapidement, jusqu’à ce qu’on prenne un douche au retour. 1er avril, à suivre.

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Pour le sport

Au Québec, on entend souvent qu’il faut marcher plus, c’est crucial pour la santé (et c’est une vérité absolue avec le mode de vie qu’on a). En Haïti, il y a une trentaine de personnes différentes qui m’ont dit que je  marchais trop. Je marche beaucoup, certes, mais j’ignorais qu’on pouvais marcher “trop”.

Il y a un sport qui pourtant est populaire pour tout le monde. Le foot, futebol, football, fútbol, fótbolti, soccer (?), c’est, pour les pays occidentaux, un élément commun, qui rassemble tous les peuples autour d’un même engouement. C’est vraiment plaisant de voir, un après-midi où il y a un grand match, les gens se rassembler autour des petits kiosques de vendeurs de télévision sur la rue, qui se font une joie de diffuser gratuitement le match pour l’occasion. Autant lorsque joue l’Ekip foutbòl nasyonal Ayiti que les grosses équipes de la ligue européenne.

C’est sûr que pour les terrains de quartier, il ne faut pas s’attendre aux gazons verdoyants. De toute façon, ce n’est jamais uniforme le gazon, il y a toujours des endroits sur le terrain où le gazon finit par disparaître. Ici, c’est très uniforme : de la terre battue sur tout le terrain. C’est simple, ça prend une surface plane et une pelle (typiquement, tout ce qui s’accomplit sans avoir besoin d’autre chose que d’une pelle, ça marche très fort ici). Ensuite pour les buts, ça s’improvise, avec des vrai poteaux si on se gâte (les filets, c’est pour les paresseux qui ne veulent pas aller chercher le ballon).

De toute façon, avec un terrain en gazon, il faut s’acheter des souliers à crampons. Avec les souliers en crampons, il faut des protège-tibias, qui requièrent eux-mêmes des bas de soccer pour les tenir en place. Ensuite, il faut bien sûr des shorts et un maillot assorti. Tout ça, ou bien un terrain en terre battue et un objet sphérique quelconque en guise de ballon (allant du sac de toile rempli de carton jusqu’au ballon officiel, souvent donné aux jeunes par quelque gens plus fortunés ou acheté par une école).

Alors, vous vous dites peut-être que je titre ce texte avec un mot général “sport” et je ne parle que de football. Ça résume assez bien la situation. Quelques mots sur tout le reste :

  • Sur la plage, il y a aussi un genre de football, mais où on joue avec les mains et que le filet est dans le milieu du terrain (les filets sont prêtés ou loués par les gros hôtels). Mais bon, je crois que c’est un peu partout dans le monde, les plage amènent le beach volley.
  • Le vélo, en ville, c’est comme faire du vélo de montagne/cross-country mais avec en prime des voitures qui traverse les “sentiers”. C’est assez rare (je n’en ai vu qu’une dizaine en 2 mois).
  • Beaucoup de sports coûtent cher, soit en infrastructures (tennis, musculation, natation), soit en équipement (escalade, canot, hockey, football américain). Il y a le basketball qu’on retrouve un peu.
  • Porter de la charge sur l’épaule ou sur la tête, aller faire ses courses à pied, transporter tout en brouette (souvent des charges de 150-200kg), transporter monter dans l’échelle des blocs de ciment ou pelleter du béton. C’est du sport quand même.

Bref, je marche trop, semble-t-il. Mais je ne cours pas “trop”. Le fait que je cours, en soi, semble inopportun. Quand je cours, les gens se demandent pourquoi. En fait, la première impression qu’ils se font est que je suis en détresse, m’enfuyant ou bien étant poursuivi. Alors quand je réponds (avec le sourire pour ceux qui semblent particulièrement inquiets), que c’est “pou espò” (le titre ci-haut, en créole), les gens comprennent la situation, mais ils ne comprennent pas pourquoi. Des regards qui semble dire “c’est quoi cette nouveauté?”. Désolé pour ceux qui m’avait suggéré d’organiser le premier marathon de Port-au-Prince (remarquez, pour finir premier, j’ai mes chances. Mais en même temps, je n’aime pas finir dernier).

C’est sûr qu’entre le soleil qui plombe chaque jour comme ce qu’on considère comme un canicule au Québec, que beaucoup de gens ont mangé “léger” le midi, et que culturellement, ici on n’agit jamais sans que ça ne serve à quelque chose, ce n’est pas naturel de courir. En dehors du terrain de football. 23 mars, à suivre.

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La source de la pauvreté

Voici un autre petit texte avec ma vision personnelle, subjective et purement arbitraire des choses en Haïti. Je vous suggère de lire préalablement la description des textes classés comme « Réflexions ». Le style est plus “libre” et le thème sera pour certain un peu plus aride (mais toujours sympathique, il va sans dire).

Haïti est-il un pays pauvre? (ne vous stressez pas, les trois réponses possibles sont sont bonnes : oui, non et l’autre réponse). Si pour vous un mec qui possède 3 villas et se déplace en Lexus LX est pauvre, d’accord, parce que des gens comme ça, il n’y en a plus ici qu’au Québec ou en France (le fait que 3 villas ici coûtent le même prix d’une grosse maison chez nous y est aussi pour quelque chose). Si au contraire, pour vous un pays pauvre c’est de voir des gens qui n’ont pas à manger et vivent dans des “maisons” où, si je devais défoncer la porte, j’opterais plutôt pour défoncer le mur à côté, ce serait plus facile. Ça, il y en a aussi, le même nombre que les prestataires du bien-être social au Québec. Ou peut-être que pour vous, l’image d’un pays pauvre est lorsque les gens mangent à leur faim, ont un toit où dormir et élever leur famille, mais qu’il n’ont pas de voiture, d’ordinateur, de machine à laver ni de steak 16oz le samedi soir. Là encore, Haïti entre dans votre définition, parce que c’est le cas de la majorité de la population.

Mais fondamentalement, la pauvreté est quelque chose de relatif. On se considère pauvre par opposition à quelqu’un qui est significativement plus riche que nous. Certes, il y a une pauvreté “absolue” : manquer de nourriture, ne pas avoir un logement, de sécurité (guerre, gouvernement abusif, etc.), manquer d’eau potable. Mais ça, c’est quelque chose de tangible, concret, quelque chose sur lequel il est “facile” de travailler, et ce n’est pas la majorité de la population. Le vrai problème de la pauvreté, c’est  celle relative à autrui (et là, c’est mon opinion personnelle et non justifiée, présentée comme un fait). Par exemple, ne pas avoir d’électricité, ne pas avoir accès à des traitements médicaux à un million de dollars, ne pas avoir de voiture, etc.

Cette pauvreté est le produit des attentes qu’on a : le bonheur, en gros (dans le sens très très large), c’est l’atteinte de nos attentes. Et plus que ça même, l’atteinte c’est à peine la situation neutre, le “ok”. Le bonheur est surtout de dépasser nos attentes, lorsque la vie nous donne encore plus que ce à quoi on s’attendait. Alors pour ça, on s’efforce chaque jour à mettre énormément d’effort pour au moins atteindre nos attentes. Par contre, il y a une autre solution, et qui permet encore plus facilement de les dépasser, c’est d’abaisser nos attentes. Je ne dis pas que si vous voulez être heureux, vous devez visez en bas de vos capacités. Simplement qu’il est parfois préférable de se donner un objectif honnête, mais sans que ce soit l’équivalent du maximum ultime de nos capacités, et que plutôt que de travailler pour simplement atteindre cet objectif, viser plutôt de toujours le dépasser, d’aller plus loin. Ainsi, on a la satisfaction d’avoir atteint notre but, et en même temps on a pas de limite, parce qu’on veut simplement aller toujours plus loin que là où on est. Bon là je deviens un peu trop abstrait, mais c’est comme ça, je vous avais prévenu.

Il y a un mec en Inde (appelons-le Siddharta, ça sonne indien), qui a poussé ça à l’extrême, dans le genre si tu ne désires rien dans la vie, c’est là que tu seras heureux. Bon je ne suis pas contre fondamentalement, mais un être heureux qui ne fait rien, pour moi ce n’est pas nécessairement l’objectif que je vise (et là je caricaturise, Siddharta avait une philosophie de vie très complète et profonde et c’est excellent comme mentalité si on creuse un peu).

Et ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir d’attentes, c’est très bien les attentes, ça motive, ça permet de s’améliorer, de progresser. C’est plutôt de choisir ses attentes, d’en avoir moins en enlevant celles qui ne sont pas vraiment importantes. Par exemple, si êtes chirurgien et que vos attentes, c’est que votre patient survive,  n’abaissez pas vos attentes, c’est très bien. Mais si vous êtes comptable, et que vos attentes soient d’avoir une augmentation de 10 000$ l’an prochain (et vous avez travaillé 60h par semaine pour bien performer, et vous le méritez donc amplement), vous allez être content si vous l’avez, mais il est peu probable que vous dépassiez vos attentes. Alors si vous songez que dans le contexte économique actuel, vous pouvez bien perdre votre emploi (ce qui arrive à beaucoup de gens), et que vous travaillez fort toute l’année pour bien performer, simplement pour être certain de garder votre emploi, lorsqu’on vous donne une augmentation de 10 000$ à la fin de l’année, vous sera aussi heureux que si vous gagniez le gros lot.

D’accord, d’accord, je titre la pauvreté et je parle d’augmentation de salaires énormes. Il y a un lien, je m’explique (et c’est parce que je veux être gentil, parce que j’ai bien dit au début que dans ce type de texte, je n’ai pas à m’expliquer). Avec tous les échanges internationaux, l’accessibilité à la télévision, les usines construites à l’étranger, les gens de tous les pays voient la richesse dans laquelle vivent une partie de la population mondiale, et conséquemment, les attentes des gens plus pauvres ont tendance à devenir comme ces riches à la télévision, ou comme le président de compagnie qui visite, en limousine avec son chauffeur, son usine de Běijīng ou de Bamako.

Même les coopérants bénévoles qui viennent justement aider à diminuer la pauvreté, ils mangent de la nourriture qui coûtent “cher” (à 75 cents par repas plutôt que 25 cents pour un haïtien moyen) parce qu’ils ne peuvent se permettre d’être malade 2 mois sur un séjour de 3 mois. Ils vont dans des voitures récentes parce que, s’ils veulent que le travail avance, ils ne peuvent se permettre de tomber en panne un jour sur deux, ils vivent dans de grosses maisons parce qu’ils ne peuvent se permettre de se faire kidnapper la nuit. Et je ne critique pas (autocritique?), leur présence permets d’améliorer le niveau d’éducation, de soins de santé et d’approvisionnement en eau de toute une population, globalement c’est extrêmement positif. Seulement qu’il y a aussi un petit inconvénient du fait qu’ils contribuent à augmenter les attentes des gens qui les voient de loin.

Et pourquoi je vois ça comme le principal problème, c’est qu’il est impossible de le résoudre avec l’approche “éliminer la pauvreté”. Du moins, tant que les riches n’accepteraient volontairement et sans autre raison de vivre dans les mêmes conditions de vie que les deux autres tiers du monde. Parce que, au risque de décevoir, rien qu’en terme de surface planétaire, il n’y a pas assez ni d’énergie, ni ce ressources minières, ni de terres agricoles pour que tout le monde vive comme nous. Donc, si on veut travailler pour mettre tout le monde au niveau, le niveau, justement, il est une petite coche en dessous du nôtre. Et la phrase ne marche pas si on écrit autre chose que “tout le monde”. Ça veut dire 2/3 “éliminer la pauvreté” + 1/3 “éliminer la richesse” (et à l’échelle mondiale, la “richesse”, ça veut dire tout le monde qui gagne plus que 10 000$ par an).

Plutôt que de proposer des solutions globales pensées par des riches, il faut essayer de considérer les pauvres en tant que personnes (en opposition à considérer la pauvreté comme un “phénomène”), et travailler sur le contexte qui les a amener à ce que les riches appellent  la pauvreté . Parce qu’en Haïti, il y a beaucoup de contacts avec les États-Unis (surtout), le Québec et la France, alors . Et si j’essaie de dire, soit que je ne possède pas une maison au Canada et que je loue un appartement, soit que je n’ai pas de salaire durant mon séjour en Haïti, soit qu’il y a des gens qui meurent de faim ou de froid dans la nos rues, la plupart sont absolument persuadés que je me moque d’eux, que ce sont des bobards (“bullshit”, si vous préférez un terme plus élégant). Parce que de leur point de vue, l’ensemble du monde connu est constitué de gens immensément riches en comparaison à eux, puisque la totalité des gens de l’extérieur qui viennent ici ont soit assez d’argent pour se payer des vacances (en une nuit dépenser le budget bouffe d’un mois complet, ~50-100$), soit roulent en grosses voitures neuves, soit possèdent de grosses entreprises qui vendent en Haïti. Forcément, si les attentes sont de ressembler à un millionaire, il y a de quoi se trouver pauvre.

Bon il ne faut pas être fataliste là, et dire à votre enfant, dont les attentes sont d’être astronaute et en même temps joueur de hockey dans la ligue nationale, que c’est fini, qu’il ne sera jamais heureux parce que ses attentes sont trop élevées. Les attentes, ça se travaille, et lorsqu’on gagne en maturité, nos attentes ont tendance à diminuer. Et par introspection, on réalise souvent que plutôt de vouloir devenir millionnaire, on est souvent plus heureux à ce que nos attentes soient que notre famille soit en santé (bon, vous allez me dire que techniquement, la santé est une attente beaucoup plus grande que l’argent. Si pensiez me piégez, je vous répondrai que vous commencez justement à comprendre mon point, ne lâchez pas, vous dépassez mes attentes, qui n’étaient pas très élevées).

Je cherchais une petite citation pour conclure (c’est rassurant, les citations, puisque même si tout ce que tu dis n’est pas top niveau, il y a au moins une phrase dans le texte qui a du sens). Je suis tombé sur cette sympathique formulation : “Nous pensons parfois que la pauvreté n’est que d’être affamé, nu et sans-abris. La pauvreté d’être indésirable, malaimé, abandonné, je crois que cela est une beaucoup plus grande faim, une plus profonde pauvreté que la personne qui n’a rien à manger.” Mother Theresa.

Alors aujourd’hui, je suis content, parce que j’ai réussi à avoir internet. Et si on me dit que c’est dangereux de se déplacer à pied à Port-au-Prince, je répondrai que je viens pour diminuer la pauvreté, pas pour l’augmenter, quitte à subir un regard perplexe en retour. 21 mars 2013, à suivre.

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Le temps

Comme je n’ai pas accès à internet depuis 1 semaine et donc que ça fait pas mal de temps que je n’ai rien écrit de sympathique, alors ça me semble un bon sujet à aborder, la notion du temps (ou la nation du temps, ça marche aussi).

Il y a un Allemand au début du 20e siècle qui a décrit comment le temps était relatif. Albert qu’il s’appelait. Bon, dans son cas, il faut se déplacer à une vitesse dans les 3 millions de km/h pour commencer à s’en apercevoir, alors ce n’est pas stressant. Rassurez-vous, je parlerai ici d’une toute autre théorie de la relativité.

En Haïti, le temps est très très relatif, et pourtant, les choses vont plutôt lentement ici. Et c’est là un aspect très agréable : on n’est jamais stressé, on ne se sens jamais mal si on a un imprévu ou un retard, on ne se fâche jamais si quelqu’un n’est pas à l’heure. Bref, c’est bien relax, j’adore ça.

L’heure par exemple (et c’est très cohérent avec son nom), met l’accent sur les heures et non les minutes. C’est un peu comme l’âge. Je dis que j’ai 29 ans, pas 29 ans et 362 jours. Ici, c’est pareil pour l’heure : si je mets une réunion à 8h, le mec qui arrive à 8h57 est, dans l’absolu, arrivé à “8h”, et donc n’est pas en retard.

Si cela vous fait paniquer, que ce n’est pas gérable de cette manière, vous êtes trop stressé et ne faites par conséquent que justifier le système haïtien. Après tout, ce n’est pas humain de demander d’être là à une minute précise, non? Donc, logiquement, on saute à l’unité suivante : l’heure. Et ça fonctionne assez bien : quand il y a un concert, une conférence ou un souper, les hôtes attentent simplement qu’il y a assez de monde pour commencer. Vous craignez que ça vous mette en retard pour votre prochaine activité? Pas d’inquiétude, ils vont vous attendre.

Bien sûr, je comprends que ça peut surprendre au début, lorsque vous demandez “à quelle heure on se rencontre” et l’autre de répondre “tout à l’heure” ou “de bonne heure” (le lendemain par exemple). Vous vous dites peut-être que c’est domage, parce que l’un des deux va forcément attendre l’autre. Oui, tout à fait, mais ici, que fait le mec qui attend? Exactement ce que vous faites lorsque vous venez ici dans les Caraïbes: il relaxe et se fait bronzer au soleil. Et il nous trouve bizarre de réserver ça exclusivement aux vacances, le fait de relaxer.

Là, je caricaturise un peu, bien sûr. C’est vrai que la notion haïtienne du temps pose quelques petits accrocs parfois et que c’est difficile à gérer au début, mais il reste que c’est très logique globablement. Et rassurez-vous, lorsqu’il s’agit d’un emploi, les haïtiens sont très ponctuels, à la minute près, comme chez nous. J’avoue que l’absence totale de sécurité d’emploi n’y est pas étrangère. Enfin, moi maintenant, je mets les réunions à 8h55. J’ignore si le subterfuge tiendra bien longtemps. 18 mars 2013, à suivre.

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Allez au marché

Voilà un des plaisirs de la vie : manger des légumes frais du jour, prendre un bain de foule au soleil sous la brise du printemps, faire se emplettes en plein air, se faire interpeller par 25 personnes chaque minute et répondre d’un sourire. Rassurez-vous si ce n’est pas votre tasse de thé, en Haïti, il y a aussi des épiceries fermées, climatisées et où les légumes sont emballés dans du cellophane, comme chez nous. Et où le prix est élevé, comme chez nous (alors que les produits disponibles au marché ne coûtent qu’environ le quart du prix québécois).

Bref, le vrai fun, c’est d’aller au marché. Bon, pour la première fois, ce n’est pas mauvais d’y aller avec quelqu’un qui connait (typiquement, ce sont les femmes qui la cuisine ici, alors ce sont elles qui font le marché puisqu’elle connaissent les produits requis). Ça vous donnera un repère, une bouée dans la mer humaine. Et puis, ça vous permettra d’identifier des délices inédits (et pointer des objets pour savoir comment ça se dit, à l’instar d’un enfant de 3 ans).

Les marchés sont sur des grandes places prédéterminées, mais vous avez aussi de multiples petits coins le routes des rues. Bon, parfois, il faut savoir qu’il faut  faire 10m dans un ruelle de 60cm de large et tourner 3 fois pour se rendre dans un petit marché délocalisé. D’où la pertinence d’y aller avec quelqu’un au début. Mais c’est sympathique, c’est comme un genre de chasse au trésor, un rallye pédestre (et de la même manière, vous pouvez repérer là où vont le plus de gens, c’est sûrement un objectif intéressant).

Ce que j’ai bien aimé aussi dans le fait d’y aller avec un fille haïtienne, c’est que quand son sac d’épicerie commençait à avoisiner les 15kg, j’ai pu faire mon “tough” et le porter à sa place. Geste banal, me direz-vous, ou bien simple entraînement musculaire pour les trapèzes, diront d’autre. Je suis tout à fait d’accord. Ce que je ne réalisais pas, c’est qu’en Haïti, les hommes font porter leur sac par les femmes, ce sont les femmes qui font toujours le marché, la vente de fruit, la cuisine, le ménage, le lavage à la main, etc. Alors moi, tout content de fait du sport (à 15kg, les achats n’étaient même pas terminés), je souriais naïvement, à échanger quelques mots avec les vendeuses et autres passants, sans me rendre compte que je devenais le porte-parole par l’exemple du fait que non seulement un étranger, mais un homme peut aider une jeune femme haïtienne et en être content.

Là vous allez me dire, on est encore très loin des droits de la femmes, certes, mais il ne faut pas non plus chercher à forcer nos propres valeurs dans le gosier culturel d’autrui. Mais j’aime bien rêver, et je pense que simplement montrer le fait qu’il existe autre chose qu’une femme qui porte un panier sur la tête à côté d’un homme qui boit un coca, les bras croisés. Et si j’ai tord, ça me fera quand même de grosses épaules, ce n’est pas perdu. Et qu’en toute situation, sourire est une partie de la solution. Et que dans le titre de ce texte, ce n’est pas une erreur typographique que ce ne soit pas écrit “aller”. Have fun. 11 mars, à suivre.

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Ce qu’on jette

Bon, au Québec, il faudrait que je dise “gestion des matières résiduelles”. Parce que ça sonne bien, déjà, mais aussi parce que c’est une manière d’exprimer un positivisme que j’aime bien pour les “déchets”, qui n’en sont pas nécessairement puisque si on les recycle, réutilise, décontamine, transforme, c’est beaucoup mieux que de simplement jeter.

En Haïti, ça reste positif, mais on peut se permettre de dire qu’on jette. La collecte des déchets “existe” mais pas choix : on doit payer pour cela (il n’y a aucune taxe municipale, alors c’est une compagnie privée), autant dire qu’il n’y en a pas. Alors il y a de grande tranchées (visualisez comme si une rue avait été creusée de 3 mètres de profondeur) qui servent de dépotoir à ciel ouvert. et quand un tas devient assez gros, on y met le feu, avec un résultat mitigé, mais qui diminue somme toute le volume. Ou parfois les ordures sont brûlées à l’arrière de la maison (majoritairement du plastique d’emballage, des bouteilles, conserves, et un peu de carton). Le feu, ça a au moins l’avantage de diminuer la propagation de maladies.

Là, j’entends d’ici de stridents cris de protestation que ça n’a pas de sens d’aussi mal gérer ses déchets, puisque nous on gère très bien les 35 fois plus de volume de déchets qu’on génère. Parce que quand on n’a presque rien, on ne consomme presque rien et nos déchets sont  presque rien. Bon, je me permets cette petite pointe d’impudence, mais ce n’est pas dit méchamment, et je suis le premier à penser qu’il y a moyen de moins aller dans le déchet et un peu plus dans la “matière résiduelle”.

Aussi, c’est bien de ne pas gaspiller de nourriture, en gardant en tête que beaucoup n’ont pas grand chose à manger. Je confirme, les Haïtiens sont exemplaires à ce niveau (bon, le fait de ne pas avoir grand chose à manger soi-même n’y est peut-être pas étranger). Alors il y a très peu de résidus alimentaires dans les déchets, et vous avez une généreuse population de chiens errants pour gérer les matières résiduelles d’os de poulet. Par contre, si jamais voir êtes en ville et que vous manger du porc produit localement (en général manger local est une excellente pratique, ne mésinterprétez pas), je préfère vous dire qu’il n’a pas brouté de verts pâturages, votre porc. Par contre, les animaux en campagne sont une viande d’une grande qualité, très maigre, 100% bio, et probablement très tendre (jamais stressé, puisque c’est un porc haïtien).

Comme le recyclage requiert de grosses installations, du personnel avec les connaissances nécessaires, et des camions de collecte, je me suis dit que ce n’était peut-être pas la première chose à faire (la totalité de ces éléments sont quasi-existants). Alors ce serait bien d’implanter le compost avec les pelures de fruits et autres matières organiques. Ce n’est pas très connu ici, le compostage. C’est vraiment plaisant de voir que le fait de mélanger des pelures de légumes avec de la terre est perçu comme un acte scientifique de la part de plusieurs haïtiens ici. Et oui, je me suis laissé surprendre, moi qui disait être à 100% adapté, à penser que quelque chose qui est répandu dans la culture québécoise n’est pas nécessairement usuel ailleurs dans le monde. Et si on y réfléchit 2 secondes (ne vous stressez pas, vous avez tous votre temps en réalité; les écrits restent semble-t-il), c’est beaucoup plus naturel de penser que des choses qui pourrissent et sentent mauvais ne sont pas logiquement quelque chose à mélanger avec les légumes de votre jardin que vous allez plus tard manger. J’imagine que le plus convainquant seront nos tomates poussées dans un terreau fait de compost qui rivaliseront avec celles poussant dans la terre rocailleuse standard. 8 mars, à suivre (dans quelques semaines et un peu de pluie).

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Manger pour vivre ou vivre pour manger

Le coût de la nourriture. Combien cela coûte-t-il pour manger? La mère de famille dira peut-être 200$ par semaine. L’enfant dira 1$, pour les bonbons. Le jeune professionnel, 50$ d’épicerie et 50$ dans les restaurants. Le jeune amoureux, probablement 150$ pour impressionner sa nouvelle conquête (quoique le romanesque dira que c’est un coût dérisoire, puisqu’en retour il reçoit un inestimable trésor). Et n’oublions pas l’étudiant dans sont premier appartement, qui se nourrit à 95% de ramen (nouilles instantanées à 33 cents). Bref, le coût de la nourriture dépend du contexte dans lequel on se trouve.

Si vous voulez un cas extrême, durant une semaine ne mangez que du riz (ou des pommes de terres, ou des spaghetti sans viande). Vous aurez de la difficulté à dépenser 5-10$ pour la semaine pour manger à satiété (et allez-y, bourrez-vous la face). Ici, un énorme sac de riz de 25kg (50lb) coûte 25$ (1000 gourdes). Et vous avez même un abonnement  au gym d’inclus (dans le sens, vous devez transporter le sac sur vos épaules pour 2-3km. Il y a aussi la version avancée, sac de 50kg). Le petit travailleur haïtien (jardinier, vendeuse au marché, cuisinière, chauffeur “d’autobus”) a un budget mensuel entre 10$ et 30$ pour tous ses besoins (hormis le logement qui est gratuit, dans une petite maison en brique “créole-style” faite à la main), alors il ajoute à son plat de riz quotidien ou de spaghetti aux tomates, un oeuf et une poignée de légumineuse par mois, et c’est à peu près tout.

Alors là, plusieurs d’entre-vous vont dire que ce n’est pas bon de ne manger que du riz, que ça manque de protéines ou de vitamines. Vous venez de comprendre que le domaine de la santé, ce n’est pas seulement de construire des hôpitaux et des cliniques de vaccinations. Et que si la grande majorité des gens dans le monde mangent chaque jour, les repas complets sont le privilège d’à peine 20% de la planète. Notez qu’ici, le temps d’attente des urgences est exemplaire (généralement, payer pour une consultation médicale à 25$ implique de ne pas manger de riz avant le mois prochain, je vous laisse choisir laquelle des options laisse le plus de chance de survie).

La nourriture de base donc, ce n’est pas particulièrement dispendieuse. Dans la plupart des pays pauvres (enfin, pauvres, c’est le terme qu’on utilise dans les pays stressés), les agriculteurs mangent bien et à leur faim. Mais la faible valeur marchande de la nourriture, si elle permet d’être accessible à la population moins fortunée, fait aussi que les agriculteurs ont très peu de revenus. Donc ils ne manquent jamais de nourriture, mais manquent à peu près de tout le reste. Alors il ne faut pas avoir l’image que les gens meurent de faim en Haïti (certes, il y en a, mais c’est une minorité, tout comme c’est le cas pour certain itinérants des pays “riches”), c’est plutôt la variété de la nourriture (et la qualité bien sûr) qui est déficiente. En quelque sorte, les gens meurent d’avoir de la nourriture. Point.

Mais ça a une conséquence très positive. C’est probablement ce qui fait la richesse de la cuisine haïtienne : quand on a pas de variété, il faut être créatif dans les saveurs, et c’est probablement ce qui fait que la nourriture y est si délicieuse. Et quand on est gâté par la vie et qu’on a 50$ de budget bouffe par mois, on peut se délecter de tout cela chaque jour. Bon appétit!

PS: Pour ceux qui voudrait d’autres sympathiques références mercantiles, 12 mangues coûtent 2,50$, un pain baguette se trouve pour 30 cents, une livre de tomates pour 50 cents en saison (ha oui, c’est la saison à l’année ici). La viande coûte environ le même prix qu’au Québec (boeuf/porc/chèvre, poulet entier à 6$, qu’on a l’option d’avoir vivant, pour conserver si on a pas de réfrigérateur) , mais gardez en tête un budget total mensuel de 20$. Les produits que le haïtien moyen ne mange pas (par goût ou par budget) sont importés coûtent environ le double, par exemple : le fromage (il n’y a pas de production locale), le jus (ici ils le prennent surtout non-pressé. Le fruit, essentiellement), les céréales à déjeuner, les biscuits, etc.

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La construction en Haïti

Dans la vie on ne peut pas plaire à tout le monde en même temps, mais j’aime bien m’en sortir en rejetant la faute sur le lecteur : il peut soit prédéterminer qu’un sujet n’est pas dans ses intérêts, soit y voir une occasion d’apprendre ce que c’est, et peut-être même y développer ainsi un certain intérêt. Quoi qu’il en soit, on peut toujours plaire à tout le monde à tour de rôle! Alors oui, je vais faire mon petit ingénieur typique et parler de la construction, à vous de choisir si vous voulez embarquer.

Pour nous aider avec la construction, on a demandé à l’inventeur du créole (comme il avait fait un excellent travail dans le blog sur ce sujet) de jeter un coup d’oeil sur le domaine de la construction (en Haïti, tout le monde fait un peu de tout). Il a donc discuté avec un architecte français et un ingénieur québécois. Voici le compte-rendu :

Décrivez-moi donc comment on fait chez vous, je verrai si on peut adapter pour chez nous en Haïti.

-D’abord les fondations. Ça coûte très cher: Il faut de la grosse machinerie pour creuser, des coffrages pour les murs de fondation et un bon drainage autour pour éviter les accumulations d’eau le long des murs sous terre, et une grande poutre centrale pour supporter le poids de la maison.

Et pourquoi aurais-je besoin de telles fondations?

– C’est primordial parce que le sol en surface gèle en hiv… d’accord, d’accord. Mais c’est aussi important pour répartir le poids de la maison sur le sol.

Très bien, alors on met simplement une dalle de béton à même le sol, c’est parfait, ça sert aussi de plancher, ça supporte directement la maison, pas besoin de poutre, de pelle mécanique, de camions de terre, de drainage. Une pelle et un seau suffisent. Et si le creusage vous manque, je vous ferai un petit carré de sable juste pour vous avec une petite pelle et un seau spécialement pour ça.

-Pour les murs, c’est important d’être bien fait. Il y a beaucoup d’éléments pour construire un bon mur de maison. D’abord la structure, généralement en poutrelles de bois.

En Haïti, on n’a pas de bois, en fait oui, mais il sert de combustible bon marché pour la cuisson (pour ceux qui ne peuvent se payer du propane). C’est disponible, mais le bois de construction est importé. Alors va plutôt construire en bloc de béton creux (fait sur place, c’est fait à 80% de sable, ça on en manque pas, et 20% de ciment, qui est produit en République dominicaine). Vous avez fait beaucoup de vos écoles primaires avec ça je crois.

-Mais les constructions en bois ont un avantage majeur, ça laisse de l’espace pour mettre de l’isolant entre les poteaux de bois.

20-30C à l’année longue, tenez-vous vraiment à vous isoler d’une température de paradis tropical? Et j’imagine que pour allez dire que le bois est bon (vous n’êtes pas du genre à lâchez pas le morceau, je le vois tout de suite) pour la résistance au séisme. On va simplement ajouter des tiges d’acier d’armature pour soutenir les blocs lorsque ça brasse. Et quelques colonnes en béton armé dans les coins et poutres en béton en haut des murs pour tout tenir en place.

-Ensuite il faut une pellicule pare-vapeur de part et d’autre pour empêcher le bois de pourrir et l’isolant de s’abîmer.

Votre bois, votre isolant.

-Ensuite il faut fermer les murs côté intérieur (souvent en panneau de gypse – gyproc), tirer les joints, peinturer.

Bon, ce n’est pas ce qui est le plus artistique, mais mon mur, il est déjà fermé, alors on va faire avec ça. Et ces dernières années chez nous, c’est surtout très “art contemporain”; et les ruines, c’est très tendance dans le monde du tourisme.

– Ensuite le revêtement extérieur, vous avez des nombreuses options, et vous serez heureux d’apprendre c’est souvent là qu’on peut sauver de l’argent.

Un fini « brique », ça vous plait? Je vous le fais gratuitement, c’est le mur lui-même. Parlez-moi de solutions économiques. Après tout, si on veut simplifier quelque chose, pourquoi se casser la tête, il suffit de l’enlever complètement.

D’accord. Alors pour le toit, c’est une partie qui coûte cher. Il y a le plafond d’abord, qui sert aussi à tenir les murs ensemble et mettre en commun toute la structure.

Vous avez l’air d’aimer les choses conçues pour servir à une chose spécifiquement. Les poutres en béton armé sur le haut de nos murs, c’est fait pour résister à un séisme, alors je pense que le mur tiendra en situation normale. Combiner pour épargner.

-Il faut bien un toit quand même! Alors il faut un revêtement étanche (en bardeau d’asphalte ou d’argile par exemple), le toit lui-même, en planche de contreplaqués, une grosse structure en bois pour soutenir le poids de la neige, et

… La neige oui, vous aimiez bien nous narguer avec vos belles pentes de ski. Mon tour de rire. Et bien sûr qu’il faut un toit, pas besoin de s’énerver. On dépose un toit en tôle d’aluminium ondulée, plafond-toit (on combine, n’oubliez pas). C’est abordable, résiste à la pluie, très léger, requiert une structure minimaliste juste pour le tenir en place. En plus, ça réfléchit bien le rayon de soleil, ce qui évite de surchauffer la maison.

– Et une couche d’isolation, le toit lui-même en contreplaqué, une couche de goudron pour l’étanchéité, et du bardeau pour la finition.

Et cette obsession pour l’étanchéité; ha oui, il faut éviter que l’isolant soit humide, que l’air froid entre en hiver et empêche la structure en bois de pourrir. C’est logique, mais chez nous, pas d’hiver, pas d’isolant et pas de bois.

-Un des gros coûts à ne pas oublier est le coût de l’entrepreneur général, autour de 20% du coût total de la maison. Ça peut faire un gros montant.

Le 20% pour l’entrepreneur, c’est honnête. 20% d’une maison à 2000$, voilà donc 400$ pour lui et ses 3 employés pour 1 mois de travail.

Voilà, ce n’est pas le luxe, mais c’est une maison au budget d’Haïti, dans un contexte où il est impossible pour la grand majorité (excepté le 5-10% riches d’Haïti, avec des revenus supérieurs au Québécois moyen) d’avoir une hypothèque, alors la totalité du coût de la maison doit être payé en entier au départ.

Fin de la discussion.

Bon là, je simplifie grandement, mais c’est simplement pour dresser un peu le portrait de quoi ont l’air les maisons populaires en Haïti : murs en blocs de béton et toit en tôle, sur 1 étage seulement, très minimaliste et donc très abordables. Il y a aussi beaucoup de maisons construit plus “fancy” pour ceux qui ont un peu plus d’argent. Je me permettrai la semaine prochaine une petite « Réflexion » pour élaborer un peu sur la réalité de la construction haïtienne. À suivre donc. 26 février. Have fun

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Michel

Comme je parle souvent des Haïtiens au pluriel, sans individualité, je me permets ici de vous présenter un singulier Haïtien : Michel.

Michel

Michel est tout à fait unique. C’est la personne qui s’occupe de l’endroit où nous habitons, un genre d’homme à tout faire. Il est toujours levé dans les 5h du matin (les gens d’Haïti se lève tôt en général) et va donner un coup de balai sur le portique, toujours souriant, à dire bonjour sans faillir, et de répondre, lorsqu’on lui demande s’il a eu une bonne nuit, “tre bòn, gras a Dye” (prononcez tous les lettres). C’est fantastique qu’après avec vu autant de matins se lever, il salue la vie d’avoir bien dormi pour lui donner une autre bonne journée.

Il donne l’impression d’avoir toujours été là, et il connaît un peu tout le monde dans les environs. Et il a donc toujours quelque chose à raconter (même si mon niveau de créole ne me permet pas de capter tous les détails, c’est absolument savoureux à chaque fois), et finit toujours en riant aux éclats.

Il a 74 ans (sur une espérance de vie de 50-60 ans, si on est proportionnel c’est comme 95 ans chez nous), ça ne l’empêche pas de transporter des 18L d’eau dans une côte qui vous ferait transpirer rien à y marcher. Ou de grimper à 20 pieds (et nus pieds) dans un arbre pour aller couper des branches à la machette. Et il doit faire dans les 68kg mouillé (dans le sens, avec le 18L d’eau).

Michel habite dans une “maison” sur le terrain ou nous somme: quatre murs en bloc de béton, un toit en tôle. Tout le monde adore ça avoir un grand walk-in dans sa chambre. Lui il aime tellement ça qu’il a mis sa chambre dans son walk-in, et sa cuisine aussi, et son salon. Mais il a un endroit sécuritaire, accès à de l’eau potable, une personnalité sympathique, tout ce qu’il faut pour vivre.

Le salaire mensuel de quelqu’un comme Michel correspond à votre salaire horaire (le quart de votre salaire horaire, pour les plus fancy d’entre vous). Mais bon, il faut mettre en perspective, la nourriture de subsistance produite localement coûte significativement moins cher (2 à 4 fois moins, je vous laisse faire le calcul si ça compense). Et il arrive à faire pleins de petits travaux pour compléter son revenu (j’aurais bien dit arrondir ses fins de mois, mais il ne sont quand même pas si ronds, au final).

Et Michel dans tout ça, il ne manque jamais de motivation, de bien faire son travail, de veillez sur tout le monde, avec le sourire et la joie de vivre. Le fait que la maison familiale qu’il possédait ait été détruite durant un tremblement de terre il y a 3 trois, ça ne le tracasse pas, parce que ses trois filles sont saines et sauves et sa plus grande joie est lorsqu’elles passe lui rendre visite. Je vais l’accompagner sur les lieux la prochaine fois qu’il s’y rendra, ça permettra de discuter, et peut-être qu’un jour il pourra la reconstruire. J’adore ça, les verbes avec un “re”.

Don’t worry, be happy. Probablement que Bob a vu Michel et s’est dit qu’il devrait en faire une chanson.

Si jamais vous trouvez ça intéressant le singulier, je pourrai parler d’autres Haitiens. 23 février, à suivre.

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L’efficience au travail

Je me lance dans un autre petit texte « style libre » pour donner ma vision personnelle (en entièrement subjective) des choses en Haïti. Je vous suggère de lire préalablement la description des textes classés comme « Réflexions ».

En Haïti, tout est très efficace. La pluie par exemple, elle est super efficace : il y en a un jour sur deux, mais uniquement entre 20h et 22h, jamais avant, jamais après. Et ça dure 30 minutes seulement. Mais attention, il tombe l’équivalent de deux jours de pluie durant ces trente minutes. Là où je veux en venir avec ça, en fait, je ne veux pas vraiment en venir quelque part finalement, mais je trouve ça sympathique la régularité de la pluie condensée, et je ne trouvais pas d’introduction pour parler de l’efficacité.

Bref, l’efficacité donc. Il y a plusieurs sens à ce mot. On peut par exemple être très efficace soi-même, mais au détriment des autres, si par exemple un cyclisme reste toujours derrière son acolyte pour profiter de la diminution du vent, ou encore si on enfant ne lave pas sa vaisselle parce que c’est la tâche habituelle de ses parents, qui par le fait même devront y accorder plus de temps plus tard si le plat a séché et collé. À l’inverse, on peu viser l’efficacité d’une groupe en se pénalisant soi-même, comme accomplir ou contribuer à la tâche de quelqu’un d’autre parce que c’est quelque chose qu’on maîtrise bien et qui nous prendra donc moins de temps (et inversement selon les compétences des autres du groupe), ou encore tout simplement lorsqu’on « perd » son temps pour partager son savoir.

On peut aussi être très efficace à court terme seulement, parfois au détriment de soi-même plus tard. C’est cependant très utile en situation de crise. C’est un peu comme les gens qui préfèrent régler les problèmes lorsqu’ils se présentent, c’est efficace d’une certaine manière, parce que ça évite de traiter les problèmes potentiels qui finalement se terminent bien, pour se concentrer sur les problèmes qui deviennent réels. Mais là, c’est sûr, il faut avoir une bonne tolérance à réagir sous pression.

De l’autre côté, on peut être inefficace à court terme, dans le but d’obtenir plus d’efficacité dans le long terme, comme définir des normes de travail, faire du classement, ou simplement s’informer sur quelque chose avant d’essayer l’accomplir. C’est un peu comme ceux qui disent mieux vaut prévenir que guérir. Si on parle à long terme, c’est tout à fait vrai et c’est la meilleur voie à prendre, mais si vous dite ça à quelqu’un qui vous arrive avec une fracture ouverte, même si vous lui expliquez en détails que c’est beaucoup mieux que vous alliez utilisez votre temps à aller donner de la formation sur la prévention des accidents (puisqu’effectivement ça évitera de nombreuses blessures à l’avenir), le mec risque quand même d’avoir un petit penchant pour le guérir d’abord prévenir ensuite.

Là où je veux en venir avec mes histoires de bras cassés (oui, ici je veux vraiment en venir quelque part cette fois), c’est que dans la situation actuelle en Haïti, il y a tellement de fractures qu’on passe la majorité du temps à gérer les urgences, et on a pas (peu, restons positif) de temps pour organiser le long terme, augmenter le niveau d’éducation, de formations, la qualité des infrastructure. Par exemple, vous avez le choix entre abriter 10 personnes dans des maisons solides et en laisser 90 dans la rue durant 3 ans, ou abriter les 100 personnes dans des maisons construites en vitesse mais qui dans moins de 10 ans n’auront même pas besoin d’un tremblement de terre pour s’écrouler. Vous faites quoi? C’est une image, certes, mais les contrainte d’argent, de temps et de volume de main d’œuvre qualifiée font que cette image n’est pas très loin de la réalité.

Bref, en Haïti, les gens sont très très efficaces. À court terme. Et ce n’est pas nécessairement par choix : si on n’a pas assez de ressources pour vivre le présent, on ne peut pas se permettre d’investir dans l’avenir. Et à court terme, c’est beaucoup plus efficace d’apprendre sur le tas. Alors en Haïti, tout le monde sait tout faire. C’est comme un jeune homme (dans les 20-22 ans) l’autre jour, je discute un peu, je lui raconte que je travaille en construction et il me dit de l’appeler si jamais j’ai besoin de travailleurs. Alors je me dis: excellent, c’est pratique d’avoir une banque de gens en réserve. Je lui demande donc ce qu’il sait faire (j’avais appris les mots en créole, puisque j’allais éventuellement en avoir besoin) : plomberie, maçonnerie, électricité, toiture, menuiserie, soudure, etc. Et lui de répondre, oui, tout ce que tu as besoin. Alors bon, je prends sont numéro, si jamais je suis tombé sur le mec le plus compétent de l’Histoire, mais dans la réalité, c’est plutôt que les gens ne veulent surtout pas manquer une opportunité. Comme les emplois sont rares, si quelqu’un se fait proposer par exemple de construire une maison en brique, il ne va pas dire : Attend-moi, je te reviens, c’est seulement 4 mois le cours de maçon. Parce que le mec à côté, il va probablement dire que lui il sait faire ça, alors qu’il n’en sait pas plus que le premier.

Parce que la maison en brique, dans la version haïtienne des « 3 petits cochons », elle avait une chance sur deux de s’écrouler si on souffle un peu fort dessus. Mais attention, ce n’est pas partout le cas; il y a d’excellents ouvrages en Haïti, bien meilleurs que certaines constructions au Québec ou ailleurs. C’est plutôt qu’il y a tellement de construction à faire que la main-d’œuvre qualifiée manque et donc on se rabat sur des gens plus « efficaces » pour le reste des constructions. Et c’est un problème, parce que c’est difficile de juger la compétence au préalable, et dans une certaine mesure même après coup: le béton, c’est gris, c’est lisse, mais si ce n’est pas fait comme il faut, c’est jusqu’à 10 fois moins résistant, avec peu de différences visuelles. Si ça vous intéresse, je pourrai écrire un petit quelque chose sur la manière dont les bâtiments sont construits en Haïti.

Et ce contexte de pénurie d’emplois stables en Haïti amène le phénomène qu’on veut, consciemment ou non, protéger son emploi, conserver tout avantage « concurrentiel » sur les autres (travailleurs potentiels), et donc on n’est pas porté à partager son savoir. Concrètement, cela a aussi l’effet négatif que c’est le diplôme qui est la seule chose qui importe, puisqu’il aide à obtenir un emploi, et on accorde peu d’importance aux apprentissages derrière. Les gens ont tendance à se persuader eux-mêmes qu’ils sont prêts, même s’ils n’ont eut qu’une formation d’une demie journée (à laquelle ils sont peut-être même arrivés deux heures en retard, parce que le concept d’heure n’est pas vraiment utilisé ici), sur un sujet qui a de quoi remplir un cours d’un an. Mais bon, ce n’est pas si haïtien que ça dans l’essence: si je vous offre un diplôme de baccalauréat après le premier mois d’étude, allez-vous vraiment faire tous vos travaux et suivre tous vos cours avec assiduité durant 4 ans, simplement par bonne volonté? Ou bien si vous obteniez le diplôme même si vous n’allez pas à vos cours et que vos examens sont déplorables. La grosse différence, c’est qu’au Canada, c’est contrôlé alors ça n’arrive pas, en général.

Mais tout ça c’est une grande qualité dans un sens, les Haïtiens sont extrêmement débrouillards. Je vous mets au défi du jour au lendemain et sans formation préalable de faire 4 poutres et colonnes en béton armé, en ne vous donnant que le matériel de base (sacs de ciment, gravier et sable ramassé sur le terrain autour, tiges d’acier, une pelle et un seau d’eau). Bon là, j’entends 2 ou 3 bricoleurs qui s’y connaissent un peu et qui disent: facile. Vous trois, pour tester la même capacité de vous débrouiller devant l’inconnu, vous me ferez une nappe en dentelle au crochet de 6 (parce que je présume que ce ne sont pas des compétences transversales).

En résumé, je pense que la notion « d’efficacité » est grandement dépendante du contexte dans lequel on se trouve, des objectifs qu’on vise, et même du type de personnalité des gens impliqués. Et la situation en Haïti demeure positive: la qualité de la formation et les formations courtes mais ciblés sur le concrets augmentent chaque année, ce qui est très encourageant. Mais oui, ce serait plus « efficace » si tout le monde en âge de travailler pouvait s’arrêter durant 3-4 ans pour étudier, avec un budget illimité et des formateurs en quantité, mais il faut nourrir sa famille chaque jour (dans le monde, historiquement même les plus déterminés se sont rendus dans les 40 jours sans manger, et à partir du 10e jours je n’aurais pas miser sur leur capacité à aller à l’école). Au-delà des utopies, orientons  nos rêves pour penser au fait que, dans les prochaines décennies, il est certain qu’un peuple aussi débrouillard va accomplir des choses formidables pour son pays.

Bon, je sais que ce n’est pas très intelligent d’écrire un texte sur l’efficacité et conclure que ce mot n’a pas vraiment de sens, mais c’est comme ça : have fun. 20 février, à suivre.

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Un problème de mathématiques

Comme au primaire, voici un petit problème de mathématiques haïtien que j’ai pu expérimenter : un homme habite à 9km du centre de Port-au-Prince. Il peut soit y aller en voiture ou à pied, quel sera le plus rapide?

En voiture, il pourra rouler à 20km/h sur la route. Par contre, dans le 1er km, quartier résidentiel, il devra rouler à 5km/h car il y a des dos d’âne (speed bumps), et le reste de cette portion de route est dans un état qui laisse perplexe sur la pertinence de mettre des dos d’âne. Dans le 3e km, il devra faire un détour de 1km pour éviter les rues où les gens marchent tranquillement au milieu de la rue et traversent un peu n’importe quand.  Au km 5, il devra s’arrêter 1 minute pour laisser sortir une voiture de son entrée, puisque la route est trop étroite et qu’il faut empiéter sur les voies des deux sens pour avoir le rayon de virage suffisant dans un pente à 30 degrés. Au 6e  km, il sera arrêté dans un bouchon de circulation durant 20 minutes parce que la route principale n’a qu’une seule voie, mais est le point de convergence de 12 routes secondaires. Au km 7, il devra à 5 reprises ralentir à 10km/h derrière des pick-ups Ford transportant 12 personnes (un autobus, en quelque sorte). Au 9e kilomètre, il prendra l’autoroute et donc roulera à 40 km/h, mais aller prendre l’autoroute lui aura pris 10 minutes. À l’arrivée, il pourra klaxonner “avec joie” pour qu’on vienne ouvrir la barrière.

À pied, il pourra courir à une vitesse de 10km/h. Dans le premier km, il s’arrêtera 14 fois pour saluer les gens (calculez 5 secondes chaque fois). Au 2e kilomètre, il devra consulter sa carte, réaliser que les noms de rue n’existent que sur la carte et tenter de se repérer uniquement avec la forme des rues, en évitant de confondre les rues qui ne sont pas indiquées sur sa carte. Dans le 4e km, il marchera à une vitesse de 4km/h puisque les “trottoirs” sont bondés de gens et de véhicules stationnés sur le trottoir (la rue n’étant pas assez large pour s’y stationner sans bloquer complètement le passage). Au 5e km, il s’arrêtera 2min sur la rue pour manger un petit délice local à base de maïs et de banane plantain, épicé et cuit sur un petit grill au charbon. Aux km 6, 7 et 8, il s’arrêtera 3min pour aller à la toilette. À l’arrivée, il constatera que les numéros d’adresse ne sont pas indiqués, donc il appellera son hôte sur son cellulaire pour venir ouvrir la porte et ainsi lui indiquer où est sa maison (notez que les cellulaires sont peu coûteux, 15-20$, et n’ont aucun frais mensuels, et les appels entrants sont gratuits. Aussi, les lignes téléphoniques fixes n’existent pas).

Lequel arrivera en premier?

Si l’homme tente de conduire lui-même sans un chauffeur expérimenté, les deux choix reviennent exactement au même (il aura probablement un accident dans les premiers 500m et devra poursuivre à pied). Toute blague à part, il est parfois essentiel d’aller en voiture, pour des raisons de sécurité ou de volume de matériel à transporter, mais c’est beaucoup plus agréable, une fois la petite peur de l’inconnu passée, de serpenter les rues à pied. Certes, on arrive avec un peu de sueur (un peu, beaucoup, passionnément), mais c’est la même chose pour tout Québécois qui va au travail en vélo, ayant découvert que le vraie plaisir de la vie n’est pas d’éviter le moindre effort, mais plutôt d’exploiter les technologies récentes, telles que la serviette et les vêtements de rechange.

Et puis, il faut marcher pour vraiment découvrir ce qu’est Haïti, où l’air climatisé est la brise du matin et où on se réjouit de marcher sous le chaud soleil à 30C, parce que trois mois auparavant on aurait été sous le déluge durant la saison des pluies. Si vous voulez être “climatisés”, je vous garantis que ça rafraîchit de recevoir l’équivalent d’une chaudière d’eau en 5 minutes.

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De l’eau

C’est une réalité à laquelle je ne pense pas vraiment en ouvrant le robinet au Québec, mais dans la majorité du monde, l’eau est l’un des besoin les plus difficiles à satisfaire. Souvent, ce sont des sécheresses, mais le point qu’il me plait d’aborder ici (c’est mon blog, je décide, nah nah nah) est la qualité de cette fameuse eau. Car de l’eau, il y en a un peu partout, mais pas nécessairement utile ou accessible. Si le sel est sympathique pour savourer les plats, il n’est pas aussi gentil lorsqu’il s’agit de boire au bord de la mer. Parfois, le sous-sol terrestre regorge d’eau de qualité, mais traverser 20 mètres de roche dure lorsqu’on a une pelle et un balai, c’est un beau défi à la créativité. Finalement, et c’est surtout le cas en Haïti, c’est qu’il y a de l’eau, parfois translucide et toute jolie, mais dont un seul verre comporte une chance sur dix de faire progresser votre niveau de connaissance général (en apprenant par exemple, que la plupart des bactéries sont translucides).

À Port-au-Prince, il y a des périodes où le choléra (petite bactérie qui aime beaucoup rencontrer des nouveaux amis et qui, si elle n’est pas traitée, peut causer la mort par déshydratation dans environ 1/50 cas, en décuplant le débit de votre système d’évacuation principal) est présent et peut se propager dans l’eau (ou des aliments) qui auraient été contaminés. Le traitement est pourtant simple et efficace : il consiste à se réhydrater avec de l’eau.

Par contre, il ne faut surtout pas y voir que du mal. La gestion de l’eau est extrêmement efficace. Par exemple, ici on a un système de douche (oui, on a une douche, le luxe je vous dis) qui est d’une efficacité inégalée. Elle coûte la moitié moins cher en tuyau de plomberie, elle consomme environ cinq fois moins d’eau (une douche prend 5 fois moins de temps) et cent fois moins d’énergie. C’est quand même excellent! Ha oui, c’est une douche où il n’y a que de l’eau froide.

Ensuite, plutôt que de rendre potable tout le débit d’aqueduc (ou, dans les endroits sans aqueduc, les réservoirs d’eau pour la maison), l’eau de consommation humaine est simplement mise dans des contenant de 18L d’eau remplis avec l’équivalent de l’eau du robinet québécois pour environ 75 cents le 18 L. Les contenants sont réutilisés bien sûr, rapportés pour être nettoyés et remplis à nouveau dans des mini stations de traitement d’eau sont un peu partout dans chaque quartier. Et comme les gens les transportent à la main, ça ne prend pas trop d’énergie à transporter, et ça enlève la nécessité d’aller au gym. Malheureusement, pour plusieurs ça représente un coût déjà trop élevé en rapport avec leur revenu, et sont donc forcé de se tourner vers des sources d’eau certes tout aussi translucides.

Mais somme toute c’est excellent, la situation s’améliore sans cesse, des systèmes de traitement d’eau simplifiés et à plus petite échelle sont implantés (souvent par osmose inverse, ce qui ne nécessite pas une grosse installation), et les gens sont de plus en plus conscientisés à l’importance de la source à laquelle ils s’abreuvent, et à mesure que le revenu moyen augmente, l’accessibilité en fait autant.

Bref, je lève mon verre à la santé d’Haïti.

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